NICE EN COULISSE
Leaders après dix-huit journées, les Niçois bousculent la hiérarchie du Championnat. Le travail, l'amitié, l'enthousiasme et la simplicité des gars du Gym font souffler un vent rafraîchissant sur la L1...

Pour l'OGC Nice, c'est Noël depuis le milieu de l'été. Le 19 juillet 2002, Cobos and co, qui ont gagné sportivement leur place en L1 (le 26 avril), sabrent le Champagne à Saint-Vallier de Thiey, dans l'arrière-pays niçois. Après l'angoisse de la double rétrogradation en National et de la perte du statut Pro décidés par la DNCG, le mythique club des années 50 est réintégré au sein de l'élite par le Conseil fédéral. Moment inoubliable. Sur la pelouse gorgée de soleil, les Aiglons font le cercle avant de savourer les bulles. Certains rient, d'autres pleurent. Ce jour-là, l'OGC Nice-Côte d'Azur ressuscite. «On n'a pas eu le temps de fêter ça, souffle Noé Pamarot. Il fallait vite préparer le premier match!» Contre Le Havre, quinze jours plus tard.

Alors, le Gym se serre les coudes, s'active. Avec des moyens limités. Les joueurs renoncent aux primes. Avec un mini budget (12 millions d'euros) et sous recrutement contrôlé, Gernot Rohr prend les rênes du secteur sportif et une poignée de joueurs prêtés vient renforcer un commando de potes soudés par l'épreuve. «Franchement, on s'attendait à vivre une saison cauchemardesque», avance Eric Roy, revenu sur ses terres pour «donner un coup de main». Inexpérience et jeunesse: comment l'équipe pouvait-elle être au niveau de la L1 ? Ça s'annonce mal! D'entrée, le Gym prend une claque à domicile face au HAC (1-2). «Malgré l'échec, le public nous a soutenus. A la fin du match, il applaudissait debout! Ce soir-là, il s'est passé quelque chose!» Touchés, boostés par l'envie de bien faire, les Niçois étrillent Strasbourg au stade du Ray (4-0). Kaba Diawara, qui n'a plus marqué en L1 depuis deux ans, s'offre même un triplé! La magie opère, les complexes s'estompent, les hommes se libèrent: les bons résultats vont s'enchaîner. Et contre coute attente, le Gym s'installe dans le fauteuil de leader dès la quatrième journée. Avec de l'enthousiasme, de l'amitié, de la solidarité et beaucoup de travail, les Azuréens bousculent la hiérarchie de la L1. Sans stars, mais avec dynamisme et volonté.
«On n'a pas la qualité technique d'une grosse écurie, reconnaît Diawara, mais, ici, on se défonce pour le collègue en difficulté!» «Normal, chez nous, beaucoup de gars ont souffert, coupe Roy. Laissés pour compte dans leur club, certains joueurs ont un esprit revanchard. Du coup, cette équipe d'affamés" est devenue difficile à battre!» Encadrés par les aînés Cobos et Roy, les jeunes s'éclatent. Grégorini, Varrault, Pitau, Pamarot et Ayeli se bonifient match après match. L'ex-Rennais Bigné s'est complètement relancé dans l'entrejeu. Idem pour le buteur Diawara . La cote d'Everson, le gaucher brésilien, ne cesse de grimper. «Avec seulement trois défaites en dix-huit journées, on a un parcours de champions! lance Diawara. Mais, il ne faut surtout pas s'enflammer!»

Du côté du parc Charles Hermann, le centre d'entraînement, les supporters rêvent déjà de joutes européennes. Ils évoquent la venue du Real et d'Arsenal. Et savourent La notoriété retrouvée des Rouge et Noir, n'a cependant pas changé leur quotidien. Barul.Tamazout et les autres continuent de distribuer bises et dédicaces. «A Nice, je retrouve la même ferveur populaire qu'à Marseille, les résultats en plus! », chambre Abardonado. Le jeudi, y'a de l'ambiance derrière le terrain grillagé! Les joueurs bouclent la séance par un exercice de reprises de volée à enjeu. «Le dernier à marquer trois fois offre le resto à tous les participants ,souffle Pam. Notre champion c'est S.Traoré .Lui, c'est le banquier,il a déjà réglé deux fois l'addition !»

A la Villa d'Este ou dans les salons
du Palm Square, le restaurant cannois de José Cobos, la vie en commun se
prolonge. Et l'ambiance est toujours joyeuse. Leader ou pas, ici, personne ne se
prend la tête. Mais les règles sont strictes: chaussures à crampons et
téléphones portables sont interdits dans le vestiaire et tout retard à
l'entraînement est sanctionné. «C'est 1,50 € la minute, dit Roy. Bruno Valencony,
le capitaine de notre banc, tient la caisse. Il est très respecté et les amendes
sont réglées!» Avec de la bonne humeur et des bouts de ficelle, les Niçois
écartent les obstacles, dribblent les difficultés. «Parfois, l'électricité et
l'eau chaude viennent à manquer dans le vestiaire, sourit Pamarot. On fait avec,
on en rigole!» Et vive le système D! A la dure, sans confort, les Aiglons
repoussent les montagnes. «Dans le milieu, on sent une réelle sympathie autour
du phénomène niçois, conclut Roy, du haut de ses 35 ans. Maintenant, si ça dure,
on va sans doute commencera déranger. Mais, si on apporte un peu de fraîcheur et
de folie dans ce Championnat, c'est tant mieux! »
EXTRAIT DE ONZE MONDIAL JANVIER 2002 (2,90EUROS)