Le crampon fait
l'Aiglon (extrait )
« J'ai joué avec des rouges et des
blanches mais c'est difficile à porter alors je remets les noires. Ça sortait
trop de l'ordinaire et quand on se différencie, des fois c'est dur à assumer. »
Cédric Varrault sourit. Tant pis pour le look...
Le latéral gauche niçois a cédé au conformisme et pousse désormais le ballon
armé d'une paire d'Adidas Predator noires.
S'il est une fantaisie que les footballeurs peuvent se permettre vis-à-vis de
leur tenue, c'est bien celle de choisir librement leurs chaussures.
Leur outil de travail en somme !
Pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi dans le football hexagonal.
En France, cette liberté individuelle date de 1998, lorsque l'UNFP (Union
nationale des footballeurs professionnels) négocia la libéralisation des
contrats de chaussures et de gants (pour les gardiens de but), à la fois en
équipe de France et dans les clubs.
A l'origine, il s'agissait d'une revendication des Bleus qui étaient allés
jusqu'à menacer de faire grève avant la coupe du monde 98, certains ayant des
contrats individuels à faire valoir au détriment de l'équipementier officiel de
l'équipe nationale.
S'il s'agissait à la base -comme souvent en football -d'intérêts personnels
autant que pécuniaires, cet acquis aura finalement profité à la collégialité.
Au point qu'on en arrive parfois à des situations paradoxales comme à Nice, où
Puma équipe officiellement le club, mais n'a aucun joueur en contrat « chaussure
» cette saison !
En fait, seul Signé, qui travaillait avec la marque à Rennes continue de
chausser ses produits, bien que n'étant plus lié contractuellement : « Vu que je
ne jouais plus trop là-bas, il m'ont fait comprendre que ce serait difficile de
me garder. Mais comme j'ai été transféré à Nice, ils m'ont quand même envoyé des
chaussures. »
Au Gym, trois marques sont représentées par la majorité de l'effectif pro :
Adidas (Roy, Ever-son, Cherrad, Traore, Varrault, Abardonado, Gregorini, BaruI,
Scotto, Ayeli), Lotto (Pitau, Mionnet, Valencony, Olufade) et Nike (Diawara,
Cobos, Pamarot, Meslin).
Mais il arrive que des joueurs portent deux marques différentes, comme en
convient Sammy Traore, le «gars aux chaussures blanches» : « Moi j'ai un contrat
avec Diadora mais Pancho m'a donné une paire d'Adidas pour essayer et ça m'a
plu. Du coup, je ne porte les Diadora qu'en vissés. En moyenne, j'utilise deux
paires de moulés et autant de vissés par saison. »
Pitau : des Lotto à 130 €
S'agissant des contrats, il n'est généralement pas question de rémunération
directe mais d'équipement : « J'ai un contrat personnel avec Lotto, ça date du
temps où le club était en 02 confirme Bruno Valencony. Je suis resté avec eux. A
mon niveau, j'ai droit à une dotation en chaussures et à un certain nombre de
produits de leur marque. »
Romain Pitau (Lotto lui aussi) précise que sa paire de crampons (choisie sur
catalogue) « coûte 130 euros ».
Le milieu de terrain, comme la plupart de ses camarades, dit rechercher avant
tout dans le produit, le confort et la souplesse. Kaba Diawara, qui porte de
superbes et très stylées Nike Air Zoom (équipementier du PSG), va plus loin pour
nous expliquer son choix : « Pour moi il faut qu'elle s'agrandisse pas trop et
qu'elle tienne bien mon pied sans forcer, car j'aime pas trop les serrer. Avec
ce modèle, c'est parfait car ils ont mis des renforts pour les lacer sur les
côtés et elles restent toujours bien attachées. A Marseille, j'avais eu les
fameuses Adidas spéciales pour frapper, mais au contraire, tu sentais pas bien
le ballon...»
Finalement, le look n'est donc que secondaire dans le choix. Et comme dans ce
milieu on a tendance à être superstitieux à l'excès, certaines paires ne durent
que le temps de quelques défaites...« Depuis quelques années, il y a des
chaussures de couleur qui sortent. A moment donné, j'en ai porté mais comme on
avait perdu deux fois de suite, du coup, je ne les ai plus remises ! » confie
Valencony.
Le jour où un fabricant se décidera enfin à sortir un modèle «100 % gagnant»,
nul doute que les footballeurs vont se l'arracher...