Cherrad : son but ,le
bonheur ( )
S'il n'en fallait qu'un pour
personnifier la belle aventure des Aiglons cette saison, ce serait lui.
Assurément.
Abdelmalek Cherrad.
Celui qu'on n'attendait pas. Ou plus. L'attaquant en rupture de banc.
Le sixième élément.
Pas de quoi en faire un film, mais largement de quoi faire la gueule... Malek
pourtant n'a pas bronché, ni boudé, préférant au contraire bosser.
En attendant de convaincre, un jour prochain : « Chez moi, il y a d'abord de
l'abnégation, c'est ce qui m'a aidé. C'est vrai qu'au départ, dans les choix de
l'entraîneur, j'étais lésé, je partais sixième attaquant (*}... Après, les aléas
du football ont fait que Poussin s'est blessé et que ça a commencé à tourner ».
Meslin sur le flanc, Rohr fait donner le banc. Mais ne trouve pas l'idoine
complément. Jusqu'à ce que Cherrad s'affiche enfin présent.
Une poignée de titularisations (4 ou 5, il ne sait plus) et quelques bouts de
matchs (depuis l'arrivé de Mionnet) plus tard, le voilà devenu buteur patenté.
Ça valait donc le coup de patienter.
« A Bastia, on est cueillis à froid dans les arrêts de jeu de la première
mi-temps, comme à Marseille... Le coach me fait rentrer à vingt minutes de la
fin, j'ai la chance d'avoir un ballon en profondeur et d'aller au bout ».
Joli bout de but, en vérité.
Un lob qui prouve s'il en était besoin le sang-froid et la maturité que Malek
est en passe d'acquérir à ce niveau de compétition.
« Je savais que j'avais le niveau de la il, je pense qu'il me fallait juste
quelques matchs pour le prouver. Après, quand on côtoie des gars d'expérience
comme Eric, José ou même Bibi, ça aide. La façon dont je marque ce but à Bastia,
ça prouve que je suis en confiance ».
La confiance : une vertu naturelle qui lui a tant fait défaut par le passé.
Mais aujourd'hui, à quelques semaines de la naissance d'un petit Adam qui lui
noue la voix d'émotion, Malek et ses 4 buts en L1, Malek et son nouveau statut
d'international se sent pousser des ailes sur le terrain.
« J'avais les larmes aux yeux
lors de l'hymne national »
Comme son épopée sous le maillot rouge et noir, cette première tunique
algérienne, ce drapeau cousu sur la poitrine, lui ont soulevé le cœur : « Malgré
la défaite face aux Belges,c'était que du bonheur. Avec un nouvel entraîneur,
des nouveaux joueurs et cinquante mille spectateurs dans le stade, c'était
exceptionnel. J'ai eu des frissons et j'avais les larmes aux yeux lors de
l'hymne national. J'ai fait un bon match, même si j'étais tout seul devant ».
Surtout, Malek a été fier de constater que la saga des Aiglons n'avait pas
échappé aux supporters, sur l'autre rive de la Méditerranée.
« J'ai été très heureux de porter ce maillot et de donner une bonne image de l'OGCN.
D'ailleurs, là-bas, quand j'y vais, on dit "Cherrad le Niçois" ».
A 22 ans et avec un an de contrat au Gym, Abdelmalek veut prendre le temps
d'apprendre encore et surtout progresser.
Comme il le dit sans honte et non sans humour, il lui faut s'évertuer à
peaufiner quelques gammes qui sonnent encore faux : n Devant le but, il faut que
je travaille mon pied gauche et mon jeu de tête. Je mesure 1,86 m, mais je ne
marque jamais de la tête, ou alors quand le ballon rebondit dessus ! Ensuite,
dans le jeu, il faut que je progresse dans la protection de balle dos au but,
c'est important pour l'équipe ».
Cheveu noir, le verbe haut, sourire éternellement arrimé au visage, Malek veut
se rassasier de tout ce que le foot voudra bien lui donner.
Et surtout rendre au Gym sa fierté : « On peut écrire une belle page de l'image
du club. Quand je vois toutes ces photos aux murs, même si je dois partir d'ici
un jour, j'aimerais bien, par rapport à ce qu'on a réalisé, me revoir aussi en
photo dans vingt ou trente ans ! ».