La lamentable victoire du hooliganisme
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KEVIN devrait se remettre de
ses blessures. Ce Parisien de 22 ans a reçu un coup de couteau au flanc gauche,
mercredi soir au Ray. Entendu hier par les enquêteurs du service d'investigation
et de recherche, ce jeune homme domicilié à Vincennes n'aurait en fait pas
grand-chose du supporteur de foot. De son propre aveu, « c'est pour la "
castagne " » qu'il aurait fait le déplacement. Le foot, il s'en fout. Le match
ne l'intéressait pas. D'ailleurs, il n'avait même pas de billet !
Comme Kevin, ils étaient apparemment près d'une centaine de Parisiens venus
chercher l'affrontement. Les CRS qui tenaient la place Alexandre-Médecin ne s'y
sont d'ailleurs pas trompés. Lorsque vers 20 h 15, à quelques minutes du coup
d'envoi, une cinquantaine de ces hooligans se sont présentés à leur barrage, ils
ne les ont pas laissés passer puisqu'ils n'avaient pas réservé leur place dans
le stade.
Des couteaux et des pelles
Les pseudos fans du PSG se sont dispersés calmement avant, semble-t-il, de se
regrouper un peu plus loin dans le quartier des Poètes. Le hooliganisme a
manifestement ses stratèges. Car il fallait bien connaître le quartier ou
l'avoir .préalablement repéré pour ,' savoir que ces ruelles débouchaient sur la
rue Ernest-Lairolle qui longe la tribune sud du Ray.
C'est notamment par la rue Guy-de-Maupassant et le boulevard Gorbella que les
Parisiens ont littéralement fondus sur les Niçois... en contournant ainsi
l'impressionnant dispositif de sécurité mis en place autour du stade.
Laffrontement était alors devenu inévitable. Provoqués sur leur propre
territoire, les supporteurs niçois, massés à la rotonde, ont fait front face à
leurs assaillants.
Les agresseurs sont alors devenus les victimes. Loi du nombre oblige. Les
affrontements ont été d'une extrême violence. Des témoins affirment avoir vu des
armes blanches, mais aussi des pelles à neige ! La bagarre n'a duré que quelques
minutes, le temps pour les CRS d'entrer dans la mêlée et de disperser, à grand
renfort de gaz lacrymogènes, ces hordes déchaînées.
Lamentable ! D'autant qu'à l'issue de ces heurts, on dénombrait six blessés dont
un gravement touché, Kevin dont l'état était encore jugé préoccupant hier, mais
qui, toutefois, est sorti de réanimation. Des fonctionnaires ont également
essuyé des coups, l'un d'eux souffre d'une blessure à la main.
Sept interpellations
Un témoin de la bagarre, aux vêtements ensanglantés, a été interpellé peu après
la bagarre et placé en garde à vue. Un autre Niçois, mineur celui-là, a subi le
même sort mais pour de tout autres raisons. Il a été surpris alors qu'il tentait
d'introduire des fumigènes dans les tribunes, cachés dans son sandwich.
Au total sept personnes ont été arrêtées mercredi soir, dont un Parisien bien
connu des services de police pour des faits de violence qui devait finalement
être déféré au parquet. Celui-là a été formellement identifié par les CRS comme
étant le meneur
d'une bande de supporteurs du PSG qui, après la fin de la rencontre, s'est lancé
à l'assaut d'un bar se trouvant à proximité du stade.
Quelques minutes plus tôt, des supporters niçois et parisiens s'étaient envoyés
d'une tribune à l'autre tout ce qu'ils avaient pu trouver : des galets jusqu'à,
selon un témoin, des batteries de portable en passant par 90 sièges arrachés des
gradins lors des dernières minutes de la rencontre par le cop du PSG. Pour des
violences commises dans l'enceinte même du stade, un autre individu a été
présenté au procureur de la République.
La police a veillé toute la nuit
Fort heureusement, le reste de la soirée a été plus calme. Les Niçois sont
rentrés chez eux et les Parisiens dont le retour n'était prévu qu'au petit matin
sont allés dormir à la gare ou à l'aéroport. Leur déplacement a été surveillé
par des équipes de policiers qui sont restés mobilisés jusque vers 3 heures du
matin.
Le dispositif semblait en effet à la hauteur de l'événement. Mais les quelque
300 policiers qui occupaient le terrain du Ray mercredi soir n'ont pas suffi à
contenir les débordements d'individus qui pour le président du Gym, Maurice
Cohen, « n'ont de supporteur que le nom » Iire par ailleurs). Difficile en effet
d'endiguer ces hooligans qui, coûte que coûte, veulent en découdre.
Les réactions :
André Bloch,
le monsieur sécurité de l'OGCN, pour qui « éradiquer la violence dans un stade
reviendrait à l'éradiquer dans la société dans son ensemble. On ne peut pas tout
maîtriser », concède-t-il. En d'autres termes, il ne faudrait pas inverser les
responsabilités en cherchant des failles dans le dispositif de sécurité.
Maurice Cohen,
le président du Club, fustige ces hommes « qui n'ont de supporteurs que le nom.
Car de tels événements sont plus que regrettables, déplorables, et bien
évidemment contraires à l'esprit du sport. J'attends avec impatience les mesures
draconiennes que le ministre de l'Intérieur entend mettre en place tant dans les
enceintes qu'aux abords des stades dès la semaine prochaine. »
« Car il faut punir ceux qui salissent le foot, lance le patron du Gym,
sanctionner ces fauteurs de troubles, mais surtout ne pas faire d'amalgame. »
« La violence n'est pas un problème de football mais de fond.»
« Même avec deux mille policiers il y aura toujours des incidents », reconnaît
Jean-Marie Gasparini
Pourtant, le président du club des
supporteurs s'interroge sur « la cohérence du dispositif ; pourquoi n'y avait-il
aucune force de l'ordre à l'entrée des tribunes d'honneur ? Alors que c'est déjà
par là que les Stéphanois étaient passés pour en découdre l'année dernière. »
Indépendamment de la réponse à sa question, Jean-Marie Gasparini condamne les
événements de mercredi. « Nous avons tous été effrayés par ce qui s'est passé.
C'est inadmissible. Mais, c'était à craindre. Il y avait malheureusement des
tarés des deux côtés. Il ne faut pas les sous-estimer car ce sont des
professionnels de l'embrouille ! »