Le tunnel à une fin (
extrait )
Bruno, le kiné aux petits soins,
vient de lui glisser sa feuille de route. Celle du lendemain. « Poussin » y
jette un œil, pressé, lui qui voudrait tant pouvoir enfin tourner la page.
Un programme physique chaque jour différent, mais toujours fastidieux,
solitaire, et une courbe de progrès jalonnée de hauts et de bas, inévitables...
« Impossible de brûler les étapes, il faut s'y faire », rappelle le buteur en
cage. Ce matin, à Charles-Ehrmann, ce sera séance de vélo, des étirements, un
footing, puis les courses, 15 fois 100 m, 15 fois 50 m, 15 fois 20 m en montée,
puis la musculation du genou, puis encore les étirements, puis les soins, et
l'après-midi, rebelote, massages, exercices, etc.
« Au choix, je prépare soit le tour de France, soit les championnats du monde
d'athlétisme », sourit Meslin, dont l'œil pétillant et le goût à l'humour
semblent renaître à mesure qu'approche la fin du tunnel.
Car, oui, « Poussin » devrait bientôt rejouer. Actuellement, il se contente de
toucher le ballon, sans appuyer les frappes, insistant sur les appuis. Vendredi
28 mars, soit six mois et onze jours après son intervention aux ligaments du
genou droit, il consultera le professeur Jaeger qui l'a opéré. Enjeu : le feu
vert pour reprendre l'entraînement collectif. Comptez encore une bonne quinzaine
de jours pour retrouver le rythme et « Poussin », au fond de sa tête, a déjà
imprimé une date symbolique pour un retour possible. « C'est le 19 avril. Ce
soir-là, on joue à Rennes ». Rennes, le club auquel il appartient toujours
(comme Bigné, deux joueurs que le Gym espère garder), et pas loin de ses terres
normandes !
Le bonheur retrouvé de Meslin, c'est déjà de pouvoir ressentir le « on »,
concernant « son » équipe. Car, malgré les nombreux messages de soutien de
supporters, de son entraîneur et du groupe, qui l'ont touché, le joueur, de
facto, s'est vu à l'écart, et il en a beaucoup souffert. Entre Nice et le centre
de rééducation Saint-Raphaël, il a appris à compter les bornes, à défaut des
victoires...
« Le temps m'a paru long, très long. Jouer la montée, et ensuite, ne pas avoir
droit à la fête en L1, je l'ai ressenti comme une grosse frustration. Ça faisait
plaisir de voir l'équipe jouer aussi bien, de réaliser des exploits, et en même
temps, je n'y étais plus, je n'en faisais plus partie, c'était dur. La gamberge,
les questions, je n'y ai pas échappé... ».
« Pas la mémoire courte »
Pendant les trois premiers mois, il n'a pas remis les pieds au Ray, les soirs de
match. Préférant prendre du recul, avec ses béquilles. « Les gens croient bien
faire, mais parfois, il y a des remarques qui remuent le couteau. Et puis, se
sentir aussi proche du terrain, et aussi peu valide, ça fiche le vertige. Je ne
voulais pas non plus importuner. Moi, quand ça ne va pas, on le voit tout de
suite à ma tête. Faire semblant, sourire quand j'ai les boules, c'est
impossible, je n'y arrive pas ! ».
Aujourd'hui, même s'il s'entraîne encore en aparté, il a retrouvé son casier, la
chaleur des vestiaires, le goût des pizzas commandées après l'entraînement, et
comme il dit, « ça change déjà beaucoup ». « Le terrain me manque, l'ambiance du
stade me manque énormément », confie encore le canonnier de la saison passée. En
début de L1, son entente avec Kaba Diawara, lancée par Gernot Rohr, avait donné
des pro
messes. « Avec Kaba, on est complémentaires, je pense ».
Et solidaires. Un soir de novembre, à Lyon, après un but marqué à Coupet,
Diawara soulèvera son maillot pour montrer aux caméras la tunique à Poussin. Le
genre de geste que Meslin n'oubliera pas... « C'est vrai, je ne suis pas
quelqu'un qui a la mémoire courte ». Exemple : samedi prochain, à la demande du
club corse, il se rendra à Ajaccio, donner le coup d'envoi d'un match du Gazelec
qui joue la montée en National.
« Le Gazelec, c'est le club qui m'a relancé quand j'étais au fond du trou, après
ma première blessure au genou à Rennes », rappelle Poussin, récidiviste mais pas
usé (le chirurgien a constaté une articulation en bon état). « Etre b/es-sé,
c'est la m... Mais il faut essayer de relativiser, et mentalement, revenir plus
fort. J'ai été très bien soigné. Au début, je ne serai pas à 100 %, je m'y
attends. Mon but, c'est d'apporter ma petite pierre à cette saison
extraordinaire. Ensuite, je veux m'imposer en L 1, marquer en L 1, prouver que
j'en suis capable. C'est mon objectif, toute mon envie ».
Une motivation à la mesure de la frustration accumulée... « J'ai toujours dit
que « Poussin » nous marquerait les derniers buts du championnat, glisse Gernot
Rohr. C'est un beau défi, mais je suis optimiste. Il a encore des étapes
difficiles à franchir, mais il l'a déjà fait, il a des repères, et la volonté.
S'il reçoit le feu vert médical pour l'entraînement, je pense qu'il pourra jouer
fin avril ».
Il restera alors cinq journées.
Le temps du sprint final pour l'OGCN, et pour « Poussin », on l'espère, la fin
d'une parenthèse arrière...