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Quand libé parle du gym (23/11)

"Nice le salaire de la sueur"

Une des premières fois ou il a rencontré les ultras niçois,G Rohr,entraîneur des aiglons ,actuels leaders  de la Ligue 1, portait une cravate à l'emblème des Girondins de Bordeaux, club où il a laissé le souvenir d'un défenseur coriace entre 1977 et 1989. Selon les tifosi locaux, il s'agissait d'une faute de goût, une grave maladresse. Presque une provocation.

« Un type avec un foulard ou un tee-shirt, par exemple de l'OM, franchement, il n'a pas sa place dans ma ville», affirme Arnaud, un des responsables du Club des supporters de l'OGCN (Olympique gymnase club de Nice).

Tout juste si le drapeau tricolore est toléré dans les travées du stade du Ray, décorées exclusivement aux couleurs de la ville et du club. Mais le Franco-Allemand né il y a quarante-neuf ans à Mannheim, fils d'entraîneur et ex-équipier de Franz Beckenbauer et Gerd Muller au Bayern Munich, a vite assimilé les exigences du particularisme niçois.. Surtout, il a épargné à la cinquième ville de Fran­ce, terre de foot malgré les errements de son club depuis plusieurs années, le «déshonneur» de la reléga­tion en National (l'équivalent de la troisième division). C'était fin juin. Depuis le 26 avril, le club avait gagné la bataille sportive de la montée en Ll mais perdu, en revanche, toute crédibilité aux yeux de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) de la Ligue de foot professionnel. Quatre mois plus tard, le coach  savoure encore chaque mot du récit du sauvetage miraculeux.

 «La rétrogradation était confirmée. Il n'y avait plus d'argent dans les caisses. Les derniers dirigeants avaient déserté, et tout le monde commençait à partir. Avec José Cobos, le capitaine, on a fait signer aux joueurs, un par un, leur renoncement à la prime de montée. Après, la mairie a tenu ses promesses financières s'est entendue avec les nouveaux actionnaires. Mais la. réaction initiale est venue des joueurs. »

 Aujourd'hui, quand Gernot Rohr fait une pause-café au Negresco, les employés du palace lui susurrent des mots doux. Dans les rues de la vieille ville, autour du port, cœur traditionnel du Nice niçois, on lui tapote l'épaule, et le quotidien régional Nice Matin rend fidèlement compte de ses sorties "mondaines"

«Fondamentaux oubliés».

Amateur de crus médocains, Gernot Rohr boit du petit-lait. Son équipe, faite de vingt-cinq «chiffonniers» parmi les plus mal payés de la Ll (entre 3000 et 23 000 euros mensuels, hors prime) , donne de semaine en semaine une sorte de cours pratique des «fondamentaux oubliés du football», selon l'expression de Roger Ricord, le directeur du développement: «Engagement, solidarité et humilité.» Ancien joueur à la quarantaine flatteuse, ce Niçois pur sucre connaît bien le club, dont il a dirigé le centre de formation avant d'être écarté par les hommes de Francesco Sensi, le PDG de l'AS Roma et de l'OGC Nice jusqu'au début de l'année.

 «Nos gars m'épatent vraiment. A chaque match, ils remettent les pendules à l'heure avec une facilité déconcertante. Ils savent garder une mentalité d'outsiders qui leur va bien"

Lune de miel.

 Coordinateur technique lors de la sai­son précédente, Rohr n'a pourtant pas apporté une mé­thode révolutionnaire. Bien au contraire.

 «On n'avait pas beaucoup de temps pour se préparer. Alors on a fait avec de bonnes vieilles méthodes qui ont fait leurspreuves. On n'est pas là pour donner des leçons de football, mais la Real Sociedad joue comme ça, et ça ne les empêche pas de battre le Real Madrid de Zidane et Ronaldo. »

 L'équipe se défonce et incarne «la dignité retrouvée d'une ville trop méprisée par le reste de la France», selon Fred, un «tifo» de la Brigade sud. Pour Roger Ricord, au-delà du résultat sportif inespéré, les Aiglons 2002 «montrent qu à Niœ la frivole, la superficielle, soi-disant amoureuse des artistes dans le domaine du foot, on apprécie un foot physique, porteur de valeurs de travail». Pour lui, que les Niçois dits de souche soient ultra-minoritaires dans l'effectif ne gêne en rien la lune de miel avec une partie de la ville, heureuse, flattée mê­me de s'identifier à «des métallos qui ne roulent pas en Porsche ou en Ferrari et ne pensent pas que leur merde sent nécessairement la rose"

L'exemple le plus accompli de cette osmose vient peut-être du capitaine, José Cobos, 35 ans, dit «CapitaineFlamme». Français d'ascendance espagnole, né à Strasbourg où il a fait une bonne partie de sa carrière, avant le PSG ou Toulouse.

«On défend les couleurs de la ville. On se bat pour quelque chose. C'est essentiel. De toutes manières, le foot des vedettes et du fric roi, c'est bientôt fini. Les choses vont changer. Pas tout de suite, mais ça vient doucement. »

 Le nouveau président, le publicitaire Maurice Cohen - également à la tête du Cavigal, un club amateur légendaire d'où sont issues d'ex-vedettes comme Robert Herbin ou Dominique Baratelli, prévoit un léger bénéfice sur l'exercice actuel, malgré un budget de 15 millions d'euros - le budget de Lyon est de 101 millions. La raison: de nouveaux sponsors arrivent, et la moyenne de spectateurs est de 12000 par match, avec 5900 abonnés, pour des prévisions res­pectives de 8000 et 2000.

 «Ceux qui ne venaient plus, tous ceux qui avaient simplement honte du bordel autour du club, remontent au stade», constate Jean-Marie, du Club des .supporters.

Conflit ouvert.

A l'OGCN, on sent la patte du nouvel actionnaire, Gilbert Stellardo, ancien président de la chambre de commerce et d'industrie et premier adjoint du maire RPR (et ex-FN) Jacques Peyrat. Un adjoint  désormais privé de toutes ses délégations par Peyrat, fragilisé par des  résultats électoraux mé­diocres aux cantonales et obsédé par ses rivaux réels ou imaginaires. Entre les deux hommes, le conflit est ouvert. Stellardo va probablement démissionner, afin de devenir un actionnaire à part entière et faire du club une machine de guerre anti-Peyrat pour les prochaines municipales. Mais sans commettre les erreurs d'un Sensi, qui aura injecté près de 25 millions! d'euros dans le «Gym», avant de se retirer .