Leonard en questions

 

extrait

 

 

Une interview réalisée par Actufoot avant le couac du contrat. On remarquera, quand même, qu' il y a eu souvent des problèmes de dernière minute lors de ces transferts!!! Donc, ce n'est pas étonnant  de voir ce qui arrive au gym!!!

 

Avec une quinzaine de matches par saison, tu n'as jamais réussi à réellement t'imposer sur le Rocher. Comment analyses-tu cette période?

Ça fait un bail sept ans ! Je pense que je suis peut-être resté deux ans de trop. Je n'aurai pas dû prolonger mon contrat, mais on ne sait les choses qu'après. D'un autre côté, cela ne s'est jamais mal passé non plus. La seule altercation que j'ai eue avec un entraîneur, ce fut avec Jean Tigana lors de ma première année en Principauté. Elle m'a valu un stage avec la CFA. Sinon, avec Claude Puel, je jouais par intermittence mais j'acceptais totalement la concurrence qu'il avait instaurée. Avec l'arrivée de Didier Deschamps, les choses ont été un peu différentes à partir du moment où il a fait des choix... dont je ne faisais pas partie. Mais j'étais conscient que c'était aussi cela une carrière de footballeur de haut niveau, donc j'essayais d'en tirer le positif sans pour autant me braquer. Après, si l'on fait un bilan simplement du point de vue du palmarès, on voit : 2 titres de champion, des matchs de Champions League et de grands moments. Je ne regrette donc absolument rien, j'ai pris du plaisir, côtoyé des grands joueurs et progressé. Quand vous vous trouvez dans un effectif de trente joueurs, dont quatre évoluent à votre poste, vous êtes obligé de progresser mentalement et de vous forger un caractère capable d'affronter cette concurrence. J'estime donc avoir bien travaillé, bien progressé et avoir acquis de l'expérience à Monaco. Maintenant, je cherche à me relancer avec une personne qui me fasse confiance. Attention, je ne veux pas passer au-dessus de la concurrence, au contraire. Je pense que si tu ne l'acceptes pas, tu ne peux pas espérer grand-chose dans le football. C'est ce qui te fait avancer !

À presque trente ans, tu n'as connu que deux clubs dans ta carrière, le Standard de Liège et l'AS Monaco. Ta fidélité ne semble pas avoir été récompensée sur le Rocher. Cette attitude t'a-t-elle amené à regretter certains choix ?

Oui, la dernière année de mon contrat, la saison du deuxième titre en 2001. J'avais la possibilité d'aller à Liverpool durant le mercato, mais j'ai en fait signé une prolongation de contrat le 14 février, jour de mon anniversaire. Liverpool n'avait pas encore retrouvé son standing actuel, mais avec du recul je me dis que j'aurais dû tenter ma chance dans un autre grand club et un autre grand championnat.

La saison dernière, ton statut d'international belge t'a valu de nombreuses sollicitations, notamment en Angleterre. Pourquoi ne pas avoir franchi le pas d'un départ avant le terme de ton contrat avec l'ASM ?

Je devais signer à Blackburn (Angleterre) en décembre de la saison dernière, mais j'ai eu des problèmes dans ma vie privée qui m'ont fait mettre le ballon de côté. J'avais même visité leurs installations, tout était OK, mais mes problèmes m'ont gêné dans ma réflexion. Après, je pensais qu'en étant dans un grand club, des offres arriveraient, mais en étant trois fois titulaire et douze fois remplaçant sur la saison, je me suis rendu compte qu'on ne croule pas sous les propositions. Sinon, j'ai eu des contacts avancés à la fin de mon contrat avec plusieurs clubs, mais il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas.

Les attaques de certains dirigeants monégasques sur l'attitude de « ces joueurs qui préféraient continuer à empocher leur gros salaire plutôt que d'envisager un départ » t'ont-elles touché ?

J'étais concerné par ces attaques, mais je me suis toujours dit que je ne partirais pas pour moins bien. Je ne parle pas de la qualité de vie parce que je ne retoucherai jamais un tel niveau ailleurs, mais du sportif. Je n'allais tout de même pas partir pour faire plaisir. Et puis, je me souviens des personnes qui ont tenu ces propos et je pense qu'elles sont mal placées pour parler...

Comment un joueur de 29 ans, international belge et libre, peut-il se retrouver sans club ?

Je n'étais pas réellement sans club. J'ai même accepté trois propositions. Je me souviens particulièrement de la première de l'Atletico Madrid. Lorsque j'ai appris qu'il s'intéressait à moi, je me suis dit que j'irais en marchant s'il le fallait ! Mais malheureusement, cela ne s'est pas fait à cause de l'importance des dettes du club. Les dirigeants n'ont pas pu apporter de garanties bancaires nécessaires. Ensuite, il y a eu à nouveau  Blackburn en août. J'ai accepté leurs conditions, l'entraîneur m'a demandé de patienter 24 heures parce qu'ils avaient également fait une proposition à un autre joueur... ils ne m'ont jamais rappelé. Enfin, je devais signer à Portsmouth (Angleterre). J'étais d'accord sur tous les termes du contrat, les choses devaient se finaliser, mais l'agent a voulu croquer des deux côtés et a fait capoter l'affaire au tout dernier moment. Il me restait la possibilité de rentrer chez moi en Belgique et de signer au Standard de Liège, mais je ne voulais pas rentrer si tôt. J'ai encore l'ambition de continuer quelques années dans un grand championnat comme la France.

Psychologiquement, lorsque l'on n'a jamais connu de période d'inactivité, comment vit-on un statut de chômeur ?

Je ne me suis jamais considéré comme chômeur, mais plutôt en transit en attendant de trouver une prochaine destination. Je ne me suis jamais alarmé. Lorsque tu es international belge, double champion de France et que tu restes sur le carreau, c'est sûr que cela t'amène à réfléchir. Mais je vois plus cela comme une expérience qui va me servir pour l'avenir. Dans cette position, tu relativises sur pas mal de choses et tu te remets au travail, parce que tu es seul pour t'en sortir. Je me suis donc fait une préparation physique tout seul, en allant courir tous les jours.

Rapidement, l'OGC Nice t'a tendu la main. Mais demander à un club de lui ouvrir les portes de son groupe ne doit pas être chose facile...

Gernot Rohr a été clair avec son groupe en expliquant que Léonard allait venir pour s'entraîner, uniquement pour ça, et qu'ils n'avaient pas à se poser de questions. Il n'y avait donc aucune ambiguïté puisque j'ai simplement demandé à participer aux séances avec le groupe et que les dirigeants m'ont dit que de toute manière par rapport à la DNCG, il n'existait pas de possibilité de m'engager. Ce n'était de toute manière pas ce que je demandais. Dans ma position, j'étais déjà content qu'un club de L1 accepte de m'accueillir.

Le fait de rester dans ta région est important pour toi ?

Je suis resté dans le coin simplement parce que j'ai trouvé l'occasion de m'entraîner avec Nice. Si cela n'avait pas été le cas, je serais rentré en Belgique. Mais, c'est sûr que c'est une situation qui m'arrange bien.

Depuis plusieurs mois, tu es donc un acteur privilégié de la vie du groupe niçois. Peux-tu nous raconter comment tu as vécu l'évolution de ta position dans le vestiaire, de ton arrivée le premier jour avec ton sac sur le dos à l'annonce d'une possible signature...

Le moins que l'on puisse dire est que j'étais très mal à l'aise en arrivant. J'étais gêné de demander à venir m'entraîner. Je suis déjà calme de nature, mais là, je rentrais dans le vestiaire et je faisais « le canard » à ma place. Vu ma position, je me serais de toute façon mal vu arriver et faire « le cowboy ». Le jeudi, il y avait souvent quelqu'un qui offrait les pizzas après l'entraînement pour fêter un événement, mais moi je rasais toujours les murs jusqu'à ma voiture en sortant du vestiaire. Je n'osais pas participer. Un jour, José (Cobos) est venu me chercher et j'y suis allé sur la pointe des pieds, presque en m'excusant d'être là. Honnêtement, j'ai vraiment été étonné de l'accueil que m'a réservé le groupe dès mon arrivée. Je suis même allé au théâtre avec eux... Quelque soit la « sortie », ils venaient me demander si ça me branchait. Quant au coach, II me traitait comme un autre joueur, il m'a dit tout de suite qu'il ne pouvait rien me proposer, mais je lui ai dit que ce n'était pas un problème et qu'on ne savait jamais...

Alors, toi qui as un certain vécu dans le milieu du football, ce groupe est-il aussi phénoménal que ce que l'on dit ?

En tout cas, il n'y a rien à voir avec Monaco. Les lendemains de défaite à La Turbie, tout le monde avait la tête basse... (il coupe et réfléchit) Dis comme ça, cela paraît normal, mais à Nice on dirait que la déception est transcendée par l'ambiance qui règne dans le groupe et que l'esprit est directement tourné vers le prochain objectif. Il y a plusieurs façons de prendre une défaite, et je trouve celle-là à l'image du groupe, vachement positive. Ils ne se prennent pas le cerveau, mais savent faire la part des choses. Ils respirent la joie de vivre et la bonne entente. Le meilleur exemple reste le plaisir qu'ils ont à se retrouver en dehors du terrain. À plusieurs reprises, je me suis retrouvé à voir débarquer des joueurs de l'équipe dans le restaurant où j'étais. C'est tellement rare dans le foot actuel...

Le contexte niçois, esprit de famille et passion débordante, n'est-il pas idéal pour un joueur qui souhaite se relancer ?

C'est clair ! Tu ne peux pas espérer mieux pour te relancer. Dans ma situation, Nice était le club idéal puisque j'ai été super bien accueilli par le groupe et que tout était clair d'entrée avec les dirigeants. Cela m'a permis de pouvoir me lâcher totalement aux entraînements. Ce qui arrive maintenant n'était pas prévu au départ,passé depuis le début.

Espères-tu encore retrouver une place au sein de la sélection belge ?

Bien sûr que j'espère retrouver ma place chez les Diables Rouges. Ces derniers temps, je ne pouvais rien réclamer, mais dès que je retrouverai mon niveau... Ces deux dernières saisons m'ont fait manquer ma deuxième Coupe du Monde et j'espère bien participer aux qualifications pour la prochaine qui commence en septembre prochain. Mais ne brûlons pas les étapes. Avant tout, je veux surtout retrouver la joie de jouer.

À Carros, pour ton premier match sous tes nouvelles couleurs, tu as évolué en défense centrale. As-tu déjà discuté avec Gernot Rohr du registre dans lequel il pourrait t'utiliser?

Il m'a dit qu'il y avait trois possibilités : stoppeur gauche, latéral gauche ou milieu défensif. Le fait d'être polyvalent peut être un atout suivant les coachs et cela semble le cas avec Gernot Rohr. De toute manière, si les choses se finalisent, je peux vous dire que je jouerai n'importe où !

Si l'on regarde ton profil avec seulement deux clubs en onze ans de carrière, tu sembles être une personne qui aime laisser une empreinte là où il passe. Dans ces conditions, le projet des dirigeants de construire un grand club sur des bases solides peut-il t'intéresser au point de t'investir dans le projet si l'occasion t'en était donnée ?

J'ai encore des ambitions sportives et je compte me refaire une santé sportive lors des six prochains mois, et voir ce qui peut se passer après... Là, il est trop tôt pour tirer des plans sur la comète. Mon passé m'a appris à ne pas penser les choses deux ans à l'avance. Je vis au jour le jour. Mais j'ai une ligne de conduite et j'essaye de m'y tenir. J'ai vécu de bons et de mauvais moments à Monaco, mais je me suis toujours accroché. Avec deux clubs en onze ans de carrière, je pense avoir montré que je n'étais pas un mercenaire. Et pour en revenir à la question, je trouve que c'est un challenge très intéressant que de participer à la reconstruction d'un club comme Nice, mais la décision de s'investir ne peut se prendre du jour au lendemain...

En conclusion, que peut-on te souhaiter ?

Dans l'immédiat, de retrouver le terrain. Que ce soit à Nice, à Cap-d'Ail ou à Menton ! J'ai envie de me sentir concerné. Lorsque vous ne faites que les entraînements, il vous manque quelque chose, la cerise sur le gâteau que représente le match du week-end. Et puis, malgré l'accueil fantastique que m'a fait tout le club de Nice, mon statut au sein du groupe me laissait mal à l'aise. J'ai envie de redevenir un joueur à part entière.
 

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