Un nul qui coûte cher
Extrait Sudouest

Nice n'est pas retombé dans le piège bordelais. Défaits l'an passé 4-0, les Aiglons ont produit la meilleure entame de match, avant de résister à des Girondins entreprenants mais trop vite réduits à dix, puis à neuf dans une fin de match où leurs nerfs les ont trahis. En ne s'imposant pas à domicile, Bordeaux reste vissé à la 11e place du classement mais voit certains de ses devanciers accroître encore un peu plus leur avance.
En l'absence de Cobos, Gernot Rohr avait revisité son dispositif défensif en titularisant Pamarot dans l'axe, le grand Traoré glissant à droite dans le couloir de Riera. A Bordeaux, par rapport à l'équipe alignée à Toulouse, Jurietti retrouvait son poste de latéral gauche au détriment de Basto, tandis que Feindouno remplaçait Francia en milieu droit.
En ce début de match, ce sont manifestement les Aiglons qui trouvaient la bonne carburation au moyen d'un pressing haut qui déconcertait les locaux. Une fois Laslandes, une fois Meslin, une fois Bigné, les Niçois allaient furieusement chercher les ballons dans les pieds bordelais sur les premières relances. Pour endiguer la marée méditerranéenne, Eduardo Costa était contraint de redescendre au niveau de sa défense centrale. L'ensemble du bloc-équipe étant recroquevillé sur ses bases, le malheureux Chamakh n'était servi qu'au moyen de deux ou trois cartouches aériennes à la direction hésitante.
En face, Nice ne faisait pas que combattre. L'équipe de Rohr déployait une
qualité technique bien improbable pour qui avait assisté au match aller à
l'automne dernier, quand le Bordeaux de Pavon, pour la première fois sur le
banc, était venu quérir un 0-0 des tranchées au stade du Ray. La différence se
nommait sans doute Meslin, qui n'était pas encore revenu alors de sa gravissime
blessure au genou. L'attaquant rasé était hier soir dans tous les bons coups et
ce fut tout sauf une surprise de le voir démarrer à la 11e minute pour une
action magistrale qui était conclue par Lilian Laslandes. Le blond Pauillacais
rééditait ainsi le coup de février 2003 quand, revenu à Chaban-Delmas sous le
maillot bastiais, il y avait inscrit son 100e but en Ligue 1.
A ce stade des débats, les supporteurs bordelais ne pouvaient que manifester
leur perplexité. Echouafni étouffait Celades dans les rêts d'un marquage serré
qui annihilait les offensives. Le polymusclé Noé Pamarot surveillait Chamakh
comme le lait sur le feu. Feindouno et Riera peinaient dans leurs couloirs.
Bordeaux remontait les ballons mais butait invariablement à 30 mètres des cages
adverses, et les plus louables velléités terminaient pas des passes dans le vide
ou des ouvertures en touche.
Deux Girondins expulsés.
Et quand Jurietti, le baromètre habituel de l'équipe,
se mettait à centrer derrière les buts, on se disait que ça n'allait vraiment
pas fort du tout... La chance des Bordelais est peut-être venue d'un rien de
suffisance des Niçois qui, trop sûrs de leur mainmise, se sont mis à reculer et
à accumuler les coups de pied arrêtés à leur détriment. Et alors que les progrès
bordelais dans la construction offensive étaient encore bien timides, Jemmali
surgissait sur un coup franc excentré pour claquer une tête imparable. Ce
n'était que justice pour l'homme au nez fracturé, qui était un des rares
Girondins à secouer le cocotier dans son couloir droit.
Et la rencontre changeait alors de physionomie. Bordeaux se réveillait en
sursaut pour terminer en trombe le premier acte avec cette tête de Chamakh sur
l'équerre des buts de Gregorini qui manquait faire basculer la rencontre. A la
reprise, Feindouno et Riera confirmaient qu'ils étaient dorénavant branchés sur
courant continu mais la hargne retrouvée de Celades allait jouer un méchant tour
aux siens. En cumulant deux avertissements en quatre minutes, l'Espagnol voyait
la couleur rouge sortir du maillot de M. Sars (62e).
Cette infériorité numérique mettait à mal le coup de mieux bordelais mais il n'inversait pas pour autant la tournure de la partie, plus équilibrée entre des Niçois qui patientaient sagement et des Girondins pugnaces. Ce sont d'ailleurs eux qui décrochaient les plus nettes occasions, notamment par Chamakh, pas veinard sur sa deuxième tête sur le poteau (76e).
Les derniers efforts bordelais étaient brisés dans l'oeuf par la nervosité qui
gagnait les acteurs. Les petits incidents se multipliaient au point de chute de
la balle, les langues se déliaient et Jemmali, déjà averti, commettait
l'irréparable à la 88e, avec un tacle fautif qui condamnait Bordeaux à terminer
à neuf. Les dernières minutes sombraient dans le n'importe quoi, les Girondins
frisant le pétage de plombs intégral alors que ça chauffait à l'entrée du tunnel
et que le public grondait. Au coup de sifflet final, d'autres bousculades se
produisaient tandis que le public traitait M. Sars de tous les noms. Triste.