L'enquête qui agace

 

 

"Je ne sais pas d'ou ils tirent leurs informations, mais je peux vous dire qu'aujourd'hui, on est tellement bon élève en matière de gestion que la DNCG n'a même pas jugé bon de nous convoquer à la mi-saison pour contrôler les comptes" déclare M.Cohen au sujet de l'article de l'Expansion

 

L'article de L'Expansion

Le 19 juillet 2004, une scène surréaliste se déroule dans les locaux de l'Olympique de Marseille. La mort dans l'âme, le président du club, Christophe Bouchet, annonce le transfert vers le club anglais de Chelsea de l'idole des supporters locaux, Didier Drogba, pour un montant record de 37,50 millions d'euros. « C'était un dilemme, explique t-il, embarrassé. On avait le choix entre la passion et la raison. » En optant pour la seconde, l'OM accomplit sa révolution culturelle. Et symbolise les nouveaux ré
flexes gestionnaires des patrons de clubs.

Après trois ans de pertes, les clubs de Ligue 1 ont quasiment équilibré leurs finances sur la saison 2003-2004, selon les chiffres que publiera la Ligue de football
professionnel dans quelques jours. Mais si le niveau global s'améliore, la classe du
ballon rond compte toujours ses bons et ses mauvais élèves. Réalisé pour L'Expansion par les cabinets spécialisés Advent et BFS sur les saisons 2000-2001, 2001-2002 et 2002-2003, le classement des clubs les mieux gérés permet de distribuer médailles et cartons rouges.

Le couronnement du Lille Olympique Sporting Club n'est pas une surprise. Malgré un chiffre d'affaires moyen 20012003 assez faible de 20 millions d'euros, le Losc combine les meilleurs ratios de rentabilité et de structure financière », constate Jérôme Neveu, fondateur et directeur du cabinet Advent. « J'essaie de gérer ce club comme une entreprise, en dépensant moins que ce que je gagne », explique simplement Michel Seydoux, présent au capital du club depuis 2001 et président depuis 2002. L'excellent parcours de Lille en championnat (deuxième à la mi-janvier), alors que le budget du club est fondé sur une dixième place, valide cette politique.

A l'instar de Lille, la sagesse et l'humilité permettent à Auxerre de se hisser sur le podium des clubs les mieux gérés. Sans jamais faire la moindre folie, et en vendant à prix d'or les jeunes joueurs qu'il forme - 22 millions d'euros pour le transfert à Liverpool de Djibril Cissé, l'été dernier-, son manager, Guy Roux, réussit l'exploit de maintenir une ville de 40 000 habitants en Ligue 1 depuis 1980.

La rigueur n'est pourtant pas l'apanage des petits budgets. La présence dans le quatuor de tête de Lyon et Lens, clubs à gros chiffres d'affaires, le prouve. Jean
Michel Aulas, président de l'Olympique lyonnais, tient à réévaluer sa performance
de patron. « Seydoux fait du bon travail, mais comparer Lyon à Lille, c'est comme confronter Microsoft à une entreprise régionale. »

En course pour un quatrième titre de champion de France consécutif, L'OL a méthodiquement procédé à des augmentations de capital tout en restant raisonnable sur les transferts. Il revendique une domination en termes d'excédent brut d'exploitation (20 millions d'euros) et justifie les 7,90 millions d'euros de pertes de la saison 2003-2004 par des provisions exceptionnelles. 2004-2005 devrait permettre de dégager un bénéfice net de 5 millions. Celui du RC Lens atteindra 1 million d'euros. « Depuis 1988, nous n'avons pas eu un seul résultat négatif, proclame fièrement Gervais Martel, son président, pas jaloux du développement du voisin lillois. Nous sommes dans un bassin de 4,5 millions d'habitants. Il y a largement la place pour deux. »

 La liste des cancres ne surprendra pas les connaisseurs. Même si leurs progrès sont incontestables. Y figurent les clubs les plus populaires du foot français, le Paris Saint-Germain, quinzième, l'Olympique de Marseille, quatorzième, et l'AS SaintEtienne, treizième. Ils paient une politique d'achat de stars ruineuse et sans résultat, comme l'illustre notre classement du meilleur rapport dépenses/résultats
 

Sur les six dernières saisons, le PSG a cumulé 196 millions d'euros de pertes, dont 65 millions rien qu'en 2002-2003. Mais le club de la capitale semble sortir la tête de l'eau. Le déficit 2003-2004 est tombé à 18 millions avant l'équilibre prévu pour cette saison. Canal +, actionnaire majoritaire du PSG, lassé, vend tout de même ses parts au président actuel, Francis Graille. A Marseille, le milliardaire Robert Louis-Dreyfus a injecté, de 1996 à 2002, 171,50 millions d'euros pour conquérir un titre de champion, sans jamais y parvenir. Là aussi, la donne semble changer. Après 39 millions de pertes en 2001-2002 et 8 millions en 2002-2003, l'OM a dégagé un bénéfice de 1 million en 2003-2004 et prévoit le même chiffre pour cette saison. Ce redressement reste pourtant fragile. Christophe Bouchet, son artisan depuis 2002, a dû démissionner fin novembre de son poste de président à la suite de mauvais résultats et de la fronde des supporters. « En foot, dès que vous n'avez pas d'objectif sportif, vous gagnez de l'argent. La pression complique les choses. » Enfin, à l'AS Saint-Etienne, le redressement est également en cours, avec un retour à l'équilibre prévu cette année.

Mais les vrais derniers de la classe sont des clubs beaucoup moins huppés : Strasbourg, Nice et Toulouse. Le club alsacien a souffert de la stratégie incertaine de son actionnaire américain, IMG-McCormack. Depuis son désengagement, le RCS va mieux. Ses pertes sont passées de 11 à 1,9 million d'euros en 2004. Nice et Toulouse soldent aussi un passé douloureux. « Durant la période étudiée par notre classement, ils ont connu de grosses difficultés sportives et financières, commente Hervé Varillon, un des créateurs du Scan Club. Depuis, ils se sont rétablis. » Nice a effectivement empoché un demi-million d'euros durant la saison écoulée. Et Toulouse, 2,9 millions. Olivier Sadran, qui a repris le club en 2001, revendique même « le meilleur résultat de la Ligue 1 ».

Gare, toutefois, à ne pas s'emballer ! Si les comptes des clubs de football français sont aujourd'hui assainis, un danger les guette : le retour des excès. En raflant en décembre dernier pour 600 millions d'euros par an sur trois ans les droits du championnat de France de Ligue 1 (contre 375 actuellement), Canal + offre aux clubs de L 1 une manne aussi inespérée que périlleuse. Les cadors du championnat seront sans doute tentés cet été, lors du marché des transferts, de se délester de cette cagnotte en recrutant des stars internationales. D'autant que, à défaut de la cotation en Bourse, le gouvernement leur a accordé à l'automne une exonération partielle de charges sociales via les droits d'image. En 1999, la première explosion des droits télé avait déjà engendré le gonflement d'une bulle spéculative sur les joueurs, dont l'éclatement a creusé les trous béants de ces dernières saisons.


La Ligue 1 mérite peut-être ce montant. C'est l'avis de Jérôme Neveu. « Si on le rapporte à la valeur des clubs, on s'aperçoit que cela les vaut en tant que spectacle sportif », estime le directeur d'Advent. Mais quand bien même les droits télé resteraient à ce niveau, les clubs auraient intérêt à ne pas investir l'argent de la télé dans les joueurs, mais plutôt dans le développement d'autres sources de revenus qui diminuent justement leur « télédépendance ». « Ils gagneraient à pérenniser leurs infrastructures et à en acquérir de nouvelles », estime Hervé Varillon. Plusieurs clubs suivent déjà cette voie. Lille et Lyon comptent ainsi doubler leurs recettes de billetterie d'ici à 2008 grâce à l'agrandissement de leurs stades, de 20 500 à 33 000 pour le premier, de 39 000 à 56 000 pour le second. Lens vient d'investir 4,50 millions d'euros dans l'aménagement du premier étage de son enceinte et d'ouvrir une boutique de 600 mètres carrés à Noyelles-Godault. Marseille a investi 5 millions d'euros dans le regroupement de ses bureaux. Vive la stratégie globale !
 

Tableaux

Les clubs les plus rentables


Bonne gestion ne rime pas avec notoriété


1er Lille Chiffre d'affaires : 20 millions d'euros

2e Lens Chiffre d'affaires : 69 millions d'euros

3e Auxerre Chiffre d'affaires : 39 millions d'euros

4e Lyon Chiffre d'affaires : 82 millions d'euros

5e Bordeaux Chiffre d'affaires : 48 millions d'euros

6e Sochaux Chiffre d'affaires : 24 millions d'euros

7e Bastia Chiffre d'affaires : 15 millions d'euros

8e Ajaccio Chiffre d'affaires : 12 millions d'euros

9e Caen Chiffre d'affaires : 7 millions d'euros

10e Nantes Chiffre d'affaires : 67 millions d'euros

11e Rennes Chiffre d'affaires : 25 millions d'euros

12e Metz Chiffre d'affaires : 16 millions d'euros

13e Saint-Etienne Chiffre d'affaires : 12 millions d'euros

14e Marseille Chiffre d'affaires : 64 millions d'euros

15e Paris SG Chiffre d'affaires : 70 millions d'euros

16e Nice Chiffre d'affaires : 18 millions d'euros

17e Strasbourg Chiffre d'affaires : 17 millions d'euros

17e Toulouse Chiffre d'affaires : 10 millions d'euros

Hors classement

Monaco statut fiscal particulier

Istres en Ligue 1 depuis seulement 2004

Classement Scan Club pour « L'Expansion » sur les saisons 2000-2001, 2001-2002 et 2002-2003 en fonction de cinq critères : rentabilité, gestion du « capital joueurs », structure financière, niveau d'activité et transparence financière (voir encadré page 44). Chiffre d'affaires moyen de 2001 à 2003


Ceux qui marquent le plus en dépensant le moins


1er Bordeaux

2e Lyon

3e Auxerre

4e Lille

5e Nantes

6e Bastia

7e Nice

8e Ajaccio

9e Metz

10e Sochaux

11e Caen

12e Strasbourg

13e Lens

14e Toulouse

15e Saint-Etienne

16e PSG

17e Marseille

18e Rennes

Classement en fonction du meilleur rapport entre les dépenses du club et ses résultats sportifs lors des saisons 2000-2001, 2001-2002 et 2002-2003. Istres et Monaco n'ont pas été intégrés au classement.

Bravo à Bordeaux, seulement 7e club le plus dépensier mais 2e mieux placé au championnat sur trois ans. Sifflets pour Rennes, 3e en dépenses et 11e sur le terrain.