Des regrets éternels
Extrait Sud Ouest

Ce matin encore, Frédéric Roux peut se mordre les doigts. Alors que ses coéquipiers avaient réussi le plus dur en revenant à la marque à deux reprises avant de s'adjuger un avantage qui paraissait définitif, il a commis l'irréparable en fauchant Agali en plein coeur de la surface à une poignée de secondes de la fin. Pénalty, expulsion et égalisation à la clé. La doublure de Ramé s'apprête à vivre des jours délicats. Il lui faudra digérer. Son équipe aussi tant la victoire lui tendait les bras. Car hier soir à Nice, il est passé à deux doigts de réussir une opération de maître au stade de Ray, citadelle imprenable depuis la première journée de championnat. Le destin en a décidé autrement.
Pavon et ses troupes
peuvent nourrir d'amers regrets car un succès leur aurait permis de coller à la
première partie du peloton et d'envisager une semaine merveilleuse. Quoi qu'il
en soit, ils doivent poursuivre dans cette voie. Car de bout en bout, ils ont
été animés d'intentions plus velléitaires et audacieuses en cette nouvelle
année. Oui, ce treizième nul est de bon augure car il préfigure de lendemains
bien plus chantants qu'avant la trêve.
Coeur à l'ouvrage.
Lorsqu'une équipe compte autant de blessés que les Girondins, hier soir à Nice, on se dit qu'elle ne doit pas être plus royaliste que le roi. Parfois, il faut se contenter d'un partage des points. Car on ne se passe pas impunément de Meriem, Jurietti, Planus, Darcheville, sans oublier le forfait de dernière minute de Ramé (problème aux cervicales). Si Mavuba, confirmé capitaine au long cours, et ses partenaires ont manifesté de l'envie, de l'enthousiasme et un bel allant offensif, ils ont peut-être présumé de leurs forces du moment. Difficile de les blâmer tant ils ont mis de coeur à l'ouvrage et d'opiniâtreté dans leur volonté de jouer tous les bons coups à fond. Malheureusement, la défense inédite et pas forcément au mieux sur le plan de la santé a sérieusement tangué tout au long de la première période.
Au repos, le score est donc à l'avantage des Niçois. Logique si l'on tient compte du nombre d'occasions nettes dans les vingt dernières minutes. Vingt minutes au cours desquelles les Bordelais ont flanché puis lâché. Et encore Frédéric Roux peut remercier M. Lhermite de ne pas l'avoir expulsé lorsqu'il est sorti de sa surface pour boxer un nouveau centre (34e). Alors que la première partie de la soirée a été équilibrée avec un combat énorme dans la récupération et la conquête du ballon, les locaux ont fait pencher la balance par la suite en utilisant au mieux les couloirs pour des centres aériens où Agali s'est régalé du haut de ses 195 centimètres. Il a mangé la soupe sur la tête de Kapsis et de Cid avec une aisance déconcertante.
Mais plus que les
défenseurs centraux, ce sont surtout les joueurs extérieurs qui méritent d'être
incriminés pour n'avoir pas assez presser leurs vis à vis. Néanmoins,
l'ouverture du score est survenue sur un coup de pied arrêté, la grande
spécialité niçoise (12 buts sur 25). Un coup-franc excentré sur la droite frappé
par Roudet attérit sur l'occiput de Traoré qui prolonge le ballon au fond des
filets (33e). Sur le coup-franc consécutif à la faute de main de Roux hors de sa
surface, Vahirua balance un missile. Il s'écrase sur le montant gauche. Le 2-0
était tout proche.
Erreur fatale.
Il n'empêche, Bordeaux
recouvre ses esprits et continue à prendre sa chance dès qu'elle se présente.
Uche et Cohade se signalent par des tirs lointains non cadrés. Toutefois, on
sent que cette défense azuréenne ne donne pas non plus tous les gages de
sécurité. Sur un coup-franc exécuté par Francia sur la gauche, Cid se jette au
premier poteau et s'y met à deux fois pour inscrire son premier but en L1 et
égaliser (45e). L'opération est belle. Mais dans le temps additionnel, Roux
commet une erreur de concentration fatale. Avancé sur sa ligne des six mètres,
il ne voit pas partir la frappe tendue de Vahirua qui se loge sous sa
transversale. Voilà le gros coup dur.
A la reprise, Jemmali, malade en début de semaine, cède sa place à Chamakh.
Michel Pavon conserve la même organisation en 4-2-3-1 mais redessine les
contours de son équipe. Faubert descend au poste d'arrière droit, Francia passe
de l'axe sur la droite et Laslandes recule d'un cran pour avoir devant lui
Chamakh seul en pointe. Depuis Bordeaux-Lens du 30 octobre dernier, c'est la
première fois que les Girondins sont menés à la marque. Pas question de
paniquer, ni de desserrer l'étreinte. Laslandes accomplit un travail cyclopéen
dans ce rôle de deuxième attaquant. Il effectue un pressing de tous les instants
souvent payant. Nice semble vouloir gérer les événements. Seulement, il n'a pas
une marge de sécurité suffisante, derrière notamment, pour s'en contenter. Les
hommes de Rohr vont le payer cash.
Comme au match aller, ils vont concéder deux nouveaux buts sur coup de pied arrêté. La première fois sur un coup-franc direct de Francia qui passe étrangement sous les pieds du mur (56e), la seconde sur un coup-franc indirect frappé par le même Francia et repris victorieusement de la tête par Chamakh, vrai joker de luxe (63e). Et dire que l'international marocain rongeait son frein après trois mois et demi de disette. Le voilà libéré et de quelle façon ! Bien sûr, les vingt ultimes minutes s'annoncent terribles. Car après avoir mené deux fois au score, les Aiglons ont été rejoints puis dépassés. Rien ne semble pouvoir survenir de grave aux Girondins lorsqu'à la dernière seconde du temps réglementaire, Roux plonge dans les pieds d'Agali, seul face à lui. C'est le pénalty indiscutable, tout comme l'est l'expulsion du portier visiteur qui écope de son deuxième avertissement. Vahirua d'un maître tir du droit ne laisse aucune chance à Valverde, tout juste rentré.
Voilà une égalisation miraculeuse. Et Bordeaux peut se mordre les doigts.