Objectif en hausse et en baisse

 

Extrait L'Equipe , Latérale Nissart

 

 

Hier ,dans l'une de ses réactions d'après match, Vahid Halilhodzic a lâché cette phrase, longtemps contenue : « S'agissant du titre, on peut désormais rêver les yeux ouverts et non plus les yeux fermés. » Le titre... Le titre comme une perspective tangible lorsque l'écart sur un leader provisoire (Monaco) se résume à deux points. Le titre comme une réalité tenace lorsque l'écart sur un leader virtuel (Lyon) ne dépassera pas les trois points ce soir. Un jour, les gens raconteront peut-être que le PSG a été champion en 2004 parce que, plus que les autres, il avait peut-être cette aptitude à narguer l'enfer. Ils se souviendront sans doute de ce match à Nice. De ce PSG qui fut alors capable de tout. De tout rater en première période. Et d'attendre l'obscurité totale, une fois à dix avec son gardien expulsé, pour tout réussir.

Une expulsion, fût elle guidée par un certain sens du sacrifice, ne vaudra jamais une statue à l'intéressé. Mais Jérôme Alonzo, en accrochant Meslin en plein rush au début de la deuxième mi-temps alors que Nice menait 1-0, a, quelque part, égalisé avant l'heure. « Ce fut le tournant du match, estimait Gernot Rohr, l'entraîneur des Aiglons. Car, sinon, c'était 1-0 pour nous. »

Les conséquences de cette expulsion du gardien titulaire ne furent pas neutres. Nice, donc, n'accrut pas son avance. Mais, surtout, le PSG sembla trouver ses marques une fois à dix. À onze, cela avait donné une équipe de départ un peu étrange. Un 4-1-2-3 avec Sorin à gauche, El-Karkouri devant la défense et Ljuboja avant-centre avec Pauleta sur sa gauche. Paris se créa des occasions mais en rata tellement, notamment par Pauleta et Fiorèse, qu'il finit presque par donner l'impression de ne pas tourner rond. Nice s'en procura moins mais le réalisme de Laslandes, qui ouvrit le score dès le premier quart d'heure achevé, ne fera qu'exacerber alors les interrogations autour du jeu parisien. Trois milieux défensifs derrière trois attaquants c'est comme s'il manquait alors quelque chose pour faire le lien.

Après le repos, le PSG se présenta avec une défense à trois El-Karkouri -Déhu - Pierre-Fanfan. L'affaire ne sembla pas plus souriante pour autant jusqu'à l'expulsion d'Alonzo (54e). Car alors, c'est comme si le souffle des Côtes d'Armor s'était réveillé sur la Côte d'Azur. Car Paris ne s'était plus retrouvé à dix en L1 depuis l'expulsion de Branko Boskovic à Guingamp (2-0), le 20 septembre dernier. Et déjà là-bas, ce fait du match avait bouleversé le scénario. Comme si ce Paris avait en lui trop de caractère et de goût pour les situations tendues pour prendre le risque de jouer sur ses nerfs. Le coup d'éclat d'hier soir ne peut se résumer à cette force mentale tant de fois éprouvée, comme face à Nantes (3-2) la semaine passée qui, aussi, mena 1-0 avant de se disloquer. Le succès d'hier, en fait, s'est construit sur ce qui relevait de la faiblesse majeure du PSG cette saison : les coups de pied arrêtés. Un corner de Fiorèse pour une tête de PierreFanfan (81e), un coup franc de Déhu pour une tête de Sorin (87e) : voilà comment Paris a dit non au destin de perdant qui l'étrangla hier si longtemps.

Quand, même, les défauts s'évanouissent dans le sprint final, peut on voir dans une équipe un irrésistible candidat au titre ? « Sur le jeu Lyon et Monaco sont devant mais sur leur pouvoir de réaction, ce Paris a l'étoffe d'un champion », observait le Niçois Olivier Echouafni. Laslandes, lui, allait puiser dans ses souvenirs de 1999: « Je vois Paris champion depuis quelques temps car ils me rappellent l'année du titre à Bordeaux quand on marquait toujours à la fin des matches. »

Son équipe actuelle a peut-être marqué trop tôt hier. Ses ambitions « intertotesques » n'en ressortent pas compromises pour autant. Mais trois défaites en trois matches pour une équipe qui n'en comptait que cinq avant ce sombre cycle, cela commence à être troublant.

Yohann Bigné confirmait:« Maintenant notre objectif, c'est quand même d'essayer d'accrocher l'Intertoto, même si ce sera dur.»

On pourra quand même s'interroger  sur ce fléchissement niçois dès le cap du maintien obtenu.

Comme l'an passé, les niçois ont beaucoup de mal à se re-mobiliser pour un nouvel objectif et cela est dommage.

Le prochain match de l'OGCN au Ray se profile d'ailleurs comme un clin d'oeil à son vainqueur d'hier. Le 30 avril, les Aiglons auront Monaco en face d'eux. S'ils subissent une sorte de passe de trois après leurs défaites ici mêmes contre Lyon (0-1) et Paris (1-2), le classement ne devrait guère en ressortir altéré.  Dans ce cas le rôle d'arbitre des niçois ne se restera que sur le papier!

Mais tout autre résultat pourrait faire le jeu de ce PSG qui se meut entre la douceur des miracles et la froideur de son réalisme.

Dans six matches, en tout cas, Paris saura. Son prochain rendez-vous ? Le 25 avril. Contre l'OM, au Parc. En attendant, Paris va partir se couper du monde, la semaine prochaine, à Deauville. Ce que les Parisiens ont montré hier à Nice fait surtout rougeoyer un moment majeur de leur calendrier. Le 15 mai 2004, le PSG recevra Lyon.

Plus le temps passe, plus cette date exhale déjà le parfum d'une finale monumentale...