HISTOIRE : Comme aux plus belles heures de son riche passé, l'OGC
Nice respire à nouveau le doux parfum de l'élite. Un bonheur partagé par tous
les Niçois, avec en première ligne, quelques glorieux anciens réunis par FF sur
la promenade des Anglais, aux côtés de joueurs d'aujourd'hui.
Vic Nuremberg, Pancho Gonzales, Eric Roy, Jean-Noël Huck, Léon Rossi, Daniel
Bravo et Bruno Valencony ou le défilé des années en rouge et noir.
ROSSI, LE FIDELE SAUVEUR
Aujourd'hui retraité, double champion de France, ce milieu de terrain défensif réalisa aussi une belle carrière d'entraîneur.
Léon Rossi fut l'éternel pompier du Gym. Après une honnête carrière de joueur
au club, entre 1946 et 1952, marquée par les deux titres consécutifs de 1951 et
1952, et après avoir joué cent matches de Championnat pour le club, il
poursuivit sa carrière à Toulouse, au Red Star, à Rennes, puis à Cannes. « Mais,
de mes années de joueur, c'est la période niçoise que je retiens, raconte Léon
Rossi, bientôt quatre-vingts ans, qui vit aujourd'hui là où il est né, sur les
hauteurs de Villefranche-sur-Mer.
C'était des années extraordinaires. Je me souviens par exemple de la tournée que
nous avions effectuée au Brésil en 1951, en récompense de notre titre de
champion de France. » Bien des années plus tard, c'est en qualité de cadre
technique et d'entraîneur qu'il se mit au service du Gym, après l'avoir été au
Stade Français (1961-1963).
Avec un rôle d'éternel sauveur, de recours dans les périodes de crise. En 1969,
alors que Nice est condamné à la descente, il remplace Pancho Gonzales. Il fait
remonter l'équipe en une saison, puis obtient le maintien (14e), mais est
remplacé par Jean Snella.
Le président de l'époque l'avait prévenu sans ménagement : « Nous avons contacté
Jean Snella. Dès qu'il arrive, vous partez... » Mais, fidèle, il restera au club
comme adjoint de Snella. En 1977, Léon Rossi revient sur le devant de la scène,
après la démission de son poste d'entraîneur de Jean-Marc Guillou, qui cumulait
les responsabilités techniques avec les fonctions de joueur et de capitaine.
Le Gym termine bien la saison, à la septième place, et Rossi est reconduit pour
la saison 1977-78 ou il amènera le Gym jusqu'à la finale de la Coupe de France,
perdue contre Nancy et Platini. La saison suivante, il est remplacé par son
adjoint, Koczur Ferry, un autre serviteur historique du Gym, mais reste à son
tour à ses côtés comme adjoint.
En 1979, on lui demande encore de sauver les meubles, avant la saison, alors que
le club a les comptes dans le rouge, et qu'Albert Batteux, qui a fait une pige
la saison précédente, s'en est allé. Cette saison-là, le club perd Guillou,
Katalinski, Zambelli et Muller. Nice lutte en bas tableau mais se sauve.
Pourtant, dès le mois de mars, Léon Rossi apprend que Vlatko Markovic revient au
club. « Les dirigeants m'ont dit " Vous vous occuperez du recrutement. Et vous
n'aurez à venir au stade que le matin. " C'est drôle, mais on a souvent cru que
je délaissais le club pour aller jouer aux boules... »* Léon Rossi finira son
travail sans rien laisser paraître de son amertume. Quelques mois plus tard, il
avouera : « J'aurais bien aimé qu'au moins une fois les dirigeants niçois me
demandent ', Quels joueurs vous faut-il ? ", et qu'ils me donnent trois saisons
pour réussir. »
Finalement, la plus grande réussite de Léon Rossi au Gym aura été - alors
qu'entre deux coups de main à l'équipe première il en était le recruteur avisé -
de faire signer Daniel Bravo. Un coup de génie, puisque le Petit Prince, repéré
lors d'un stage de l'équipe de France cadets, signe à Nice au nez et à la barbe
de Saint-Etienne, Bordeaux, Sochaux, PSG, Toulouse et Nantes. Pour zéro franc.
Sur la promenade des Anglais, le vieux monsieur esquisse un sourire en regardant
son poulain, jeune retraité des terrains. « C'était un joli coup, non ? »
* Citation extraite du Roman des Aiglons, éditions AlpAzur, 1985.
La vie est un roman qui pourrait s'intituler « Les mille et une histoires des Aiglons ».
Ce septuagénaire ne compte plus les offres des maisons d'édition pour ses
mémoires.
Ce récit ne manquerait pas d'humour, d'anecdotes à la saveur du terroir car
l'ancien défenseur a épousé Nice jusque dans son parler « nissart ». Un coup de
foudre survenu le 3 mai 1951, dans des circonstances inimaginables. Celui qui
n'est encore que César (son vrai prénom), mais déjà « le Maréchal » pour les
socios argentins, s'est embarqué pour la traversée de l'Atlantique. Destination
le Racing Club de Paris, qui souhaite recruter l'élégant arrière du Cero
Montevideo, du Penarol puis de Sao Paulo, au Brésil. A bord du paquebot, deux
joueurs brésiliens attendus à Villefranche-sur-Mer par leur compatriote du Gym,
Yeso Amalfi, qui avait évolué en Uruguay avec Gonzales. Le lendemain, les deux
anciens coéquipiers se retrouvaient pour un match amical au Ray devant les
Ecossais d'Hibernians. Les Parisiens attendent toujours leur renfort
sud-américain... Sous le maillot niçois durant onze saisons, Pancho Gonzales
conquiert le titre national en 1952, 1956 et 1959 et la Coupe de France en 1952
et 1954.
« La première finale, c'était face à Bordeaux. Nous étions déjà champions, les
Girondins deuxièmes à un point. Nous nous sommes imposés 5-3, devant 65 000
spectateurs, à Colombes. Deux ans plus tard, nous jouions contre l'OM. A trente
secondes de la fin, on menait 2-1, Scotti loba notre gardien Hairabedian. En
ultime recours, j'ai fait ce retourné qui est resté dans les mémoires. Encore
aujourd'hui, on me demande si le ballon était entré ou pas. Tout ce que je peux
dire, c'est que j'ai touché la transversale du pied. Le retour sur Nice fut
indescriptible. Jamais un train n'aura mis autant de temps à faire le trajet.
Les Marseillais étaient montés sur Paris avec une locomotive peinte en blanc. M.
François, le chef de gare de Nice, nous avait du coup envoyé un engin aux
couleurs du Gym. » La chevalière en or offerte par la mairie pour le premier
doublé toujours au doigt, il a vécu sans jalousie l'évolution du foot pro. Les
Aiglons, premiers vainqueurs hexagonaux du (déjà) grand Real, mais éliminés à
deux reprises par le futur champion d'Europe, devaient faire, le mur pour
pouvoir s'entraîner sur la pelouse du Ray. L'Atletico de Madrid, le Betis, le
Milan AC ont tenté en vain de recruter Gonzales. « On était alors totalement lié
à son club. Imaginez qu'à trente-quatre ans j'ai dû débourser 5 millions
d'anciens francs pour rejoindre Nantes deux ou trois mois avant le terme de mon
bail niçois ! »
Capitaine lors de l'accession des Canaris avec un certain José Arribas, il
refusera un contrat en blanc du FCN pour renouer avec ses premières amours
niçoises, où il dirigera l'équipe pendant cinq ans, le temps de la ramener dans
l'élite. Entraîneur d'Angers, de Rouen, du WAC de Casablanca, des sélections de
Madagascar, du Gabon et de la Côte d'Ivoire, Pancho Gonzales n'a pas hésité une
seconde à regagner le bercail en 1991 à la demande d'André Bois, le président
d'alors.
Toujours bon pied, bon mil, le plus titré des Azuréens encore en activité ne
cache pas une certaine tendresse pour la génération actuelle. « Notre équipe
était très forte, sans doute un peu moins que celle de la décennie 70 qui était
bâtie pour tout gagner. Les garçons d'aujourd'hui sont attachants. Ils donnent
tout ce qu'ils ont.
Il y a du travail, du talent et beaucoup de joie. Ils me rappellent un peu la
promotion 1956. En début de saison, Me Charles, le président, nous avait
convoqués, Vic Nuremberg et moi. « Il n'y a plus d'argent. Nous allons juste
incorporer deux ou trois jeunes du club. Je ne vous fixe qu'un seul objectif, le
maintien », nous avait-il alors dit. A la fin de la saison, nous étions
champions... »
C'était il y a un demi-siècle, aux alentours de Noël 1951. Un jeune
Luxembourgeois de vingt et un ans posait ses valises sur la promenade des
Anglais. Au même endroit, cinquante ans et quelques mois plus tard, Vic
Nuremberg se souvient : « Je suis arrivé là parce que le président niçois
connaissait bien le grand patron de l'Office du tourisme luxembourgeois... » Une
histoire plutôt floue dont les détails se sont un peu perdus dans les méandres
du temps. Car, pour Vic Nuremberg, les souvenirs qui comptent sont ceux d'après,
de cette vie qui a aussi commencé à Nice, et qui s'y poursuit aujourd'hui alors
qu'il file sur ses soixante-douze ans. « Vous savez, quand on a mis les pieds
ici, on n'a pas envie de remonter dans le Nord », sourit-il, amusé.
Vic Nuremberg joua pour le Gym de 1951 à 1960, neuf saisons au cours desquelles
il devint l'homme des buts historiques. Quelques mois à peine après son arrivée,
dans un club champion de France en titre, il devint un des héros de la première
victoire des Aiglons en Coupe de France. Avant la demi-finale à Metz,
l'entraîneur, Numa Andoire, prend une décision révolutionnaire : il écarte les
deux attaquants de l'équipe, le Suédois Per Bengtsson et surtout Désir Carré, la
vedette de l'époque, qu'il juge fatigués en fin de saison, au profit des jeunes
Carniglia et Nuremberg, ce dernier pourtant encore amateur.
Il promet aux joueurs alignés à Metz qu'en cas de victoire ils seront reconduits
pour la finale. Nice s'impose et Nuremberg marque. Ainsi le jeune Vic et son
compère argentin Carniglia sont-ils titulaires pour la finale, contre Bordeaux,
à Colombes, alors que Carré et Bengtsson sont restés à Nice. Ils marqueront
chacun un but lors de ce match de folie remporté 5-3 par le Gym, qui réalisera
le doublé quelques jours après.
Deux ans plus tard, Nuremberg et Carniglia récidivent lors de la finale 1954
contre Marseille. Cette fois, Nice s'impose 2-1. La coupe attendra
quarante-trois ans et 1997 avant de revenir sur la Promenade. Vic Nuremberg,
lui, continuera pendant toutes les années 50 à marquer des buts pour le Gym (88
buts en 252 matches de D 1 au total), avant de connaître son jour de gloire
quelques mois avant son départ pour Sochaux. C'était le 4 février 1960,
peut-être le plus grand jour de l'histoire du Gym.
En quarts de finale de la Coupe d'Europe des clubs champions, l'OGC Nice, qui a
retrouvé son titre national en 1959, reçoit le Real Madrid. Le « roi de l'Europe
», bien que privé de Di Stefano, mène 2-0 après une demi-heure de jeu. Mais, en
seconde période, une folie brûlante s'empare du jeu niçois.
Par trois fois, Vic Nuremberg trompe le gardien madrilène. Le Luxembourgeois
devient un héros pour toujours, et aujourd'hui encore, dans les bistrots de la
vieille ville ou du port, quand on évoque son nom, c'est pour parler des trois
buts contre le Real. « Au retour, on en avait pris quatre, mais on avait déjà
réalisé un truc fou », sourit le sémillant septuagénaire. Pour Vic Nuremberg,
l'histoire d'amour avec Nice était écrite pour toujours.
HUCK, L'ETOILE SANS TITRE
L'international alsacien était un des leaders de la
génération dorée des années 70, qui a fait rêver Nice sans jamais rien gagner.
La cicatrice est encore douloureuse, vingt-quatre ans après cette finale de
Coupe de France perdue devant le Nancy de Michel Platini. La génération dorée
dont a fait partie Jean-Noël Huck a alimenté durant la décennie 70 l'imaginaire
des amateurs de foot, mais n'a pas su se forger de palmarès.
Au printemps 1971, Jacques Médecin, le maire de l'époque, et le président Roger
Lœuillet avaient délacé les cordons de la bourse et frappé un énorme coup en
enrôlant cinq internationaux : Charly Loubet, Hervé Revelli, Francis Camérini,
Dominique Baratelli et Jean-Noël Huck, un milieu offensif strasbourgeois en
pleine ascension. « On nous a surnommés les " Millionnaires de la Côte ", se
rappelle Jean-Noël. Je crois que le club avait investi 5 millions de francs de
l'époque. Du coup, sur le terrain, nous en avons entendu des remarques... »
Quelques mois plus tard, l'Alsacien est sacré footballeur français n° 1, et le
Suédois du Gym, Leif Eriksson, meilleur étranger. Pourtant, Nice se contente
d'une anonyme 8e place au classement.
Qu'importe, tour à tour, Dick van Dijk, auréolé d'une victoire en Coupe d'Europe
avec l'Ajax, Marco Molitor, soufflé au nez et à la barbe de l'ASSE, le rival de
l'époque, Jean-Pierre Adams, Jean-Marc Guillou, Nenad Bjekovic prendront place
dans la constellation du Gym. Nice accumulait les titres honorifiques de
champion d'automne. Mais les premières averses hivernales noyaient
systématiquement l'ensemble. « Le fait est qu'on livrait des matches
époustouflants en début et en fin de saison, mais qu'on accusait un gros passage
à vide pendant les trois mois d'hiver. Même moi, qui venais pourtant de l'Est.
Nous pratiquions un football très offensif.
En sept ans, nous avons dû enlever le titre de meilleure attaque à cinq
reprises... » Quelques exploits mémorables accompagnent cette épopée :
l'élimination du Barça de Cruyff en Coupe de l'UEFA, la victoire à
Geoffroy-Guichard après cinq ans d'invincibilité des Verts dans leur Chaudron...
Après avoir totalisé 491 matches dans l'élite (Paris FC, PSG, Mulhouse,
Strasbourg), Jean-Noël Huck a aujourd'hui regagné le Sud. « Je partage avec
Pancho Gonzales la particularité d'avoir tout fait dans ce club. De 1986 à 1993,
j'ai été successivement responsable du centre de formation, adjoint de Bjekovic,
directeur sportif puis entraîneur.
Durant ces sept ans, tout a bougé dix fois plus que durant mon septennat de
footballeur. Je n'avais été dirigé que par trois hommes : Jean Snella, Léon
Rossi et Vlatko Markovic... » La dernière décennie vécue par le Gym n'a pas
calmé les choses.
« De malade, le Gym est devenu agonisant. Au printemps dernier, lorsque le club
était menacé de rétrogradation en National, j'ai eu la douloureuse impression de
revivre le dépôt de bilan de 1991. Les vrais-faux candidats à la reprise, les
rumeurs, les espoirs déçus... La situation municipale était alors beaucoup plus
floue, Jacques Médecin venait de s'enfuir, nous étions livrés à nous-mêmes, et
c'était perdu d'avance. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que quelque chose de
sérieux se met en place. Mais j'ai toujours pensé que seule une solution niçoise
était à même de fédérer toute une ville autour de son club... »
Comme dans toutes les grandes histoires d'amour, il y a une part d'irrationnel
dans cette affaire-là. Entre Daniel Bravo et l'OGC Nice, c'est clair depuis le
premier jour : c'est pour la vie. Quand Léon Rossi, qui avait repéré le petit
blond lors d'un stage de l'équipe de France cadets à Aix-en-Provence, frappa à
la porte de la maison familiale de Cugnaux, dans la banlieue de Toulouse, un
jour de décembre 1979, l'affaire était déjà gagnée pour le recruteur du Gym. «
C'était important pour mes parents qu'il fasse le déplacement, c'était une
preuve de sérieux pour eux. Mais, de toute façon, pour moi, le choix était déjà
fait. J'avais des propositions de plusieurs clubs, mais, pour moi, c'était Nice.
Je ne sais pas vraiment pourquoi. Je pense qu'il y avait les grands joueurs de
l'époque, les Huck, Katalinski, etc. Il y avait aussi la mer, le soleil. Je
sentais que c'était mon club. » Le Petit Prince du Ray endossa également les
tuniques de Monaco et du Paris-SG, puis, sur une fin de carrière accélérée et
réussie, celles de Parme, de Lyon et de Marseille, mais c'est toujours vers Nice
que ses pas et son coeur l'ont ramené, comme lors de cette dernière et
malheureuse expérience de 1999-2000.
La troisième de sa carrière au Gym, qui devait constituer l'apothéose, le
bouquet final - « Je rêvais de remonter en D 1 avec le Gym et de disputer sous
son maillot les quinze matches de D 1 qui me manquaient pour atteindre la barre
des 500 » -, et qui se termina en eau de boudin. « Ça s'est mal passé,
l'ambiance n'était pas bonne, il y avait une guerre des clans, des histoires
politiques... Je n'ai pas voulu choisir mon camp et on me l'a fait payer,
d'autant plus que j'avais un gros salaire. »
Alors quand, sur la promenade des Anglais, en cet après-midi ensoleillé
d'octobre, il retrouve avec plaisir ceux d'autrefois et ceux d'aujourd'hui, il
lâche ces mots qui font mal : « Je n'aurai jamais dû revenir... »
Daniel Bravo aurait certes préféré n'entretenir que le chaud souvenir de ses
deux premiers passages au club. D'abord, bien entendu, il y eut les années du
Petit Prince du Ray, cette jeunesse foudroyante et magique qui le vit débuter en
D 1 à seize ans, le 24 juillet 1980, quelques mois après son arrivée, marquer un
but lors de sa première sélection en équipe de France à dix-neuf ans, un jour
d'hiver 1982 contre l'Italie, et gagner à jamais sa place dans l'histoire du
club. De cette époque, il conserve surtout le souvenir « de tous ces gens
fantastiques qui, dans l'ombre, ont aussi fait l'histoire du club ».
Il évoque son premier entraîneur au centre de formation, Koczur Ferri - « Un
bonhomme extraordinaire, il m'a appris tellement de choses. Il boitait, mais
quand il nous faisait des démonstrations de reprise de volée, il n'en ratait pas
une » -, il parle aussi de Monique Armana, qui fut la responsable du centre de
formation, de Philippe Boulon et d'Albert Gal, les kinés historiques (Albert Gal
est aujourd'hui le kiné des Bleus, et est une des vedettes des Yeux dans les
Bleus), de Sàid, le magasinier, élève du fameux et célèbre « Sacco »,
l'intendant historique du club.
Une famille qu'il retrouva en 1987, après un passage de quatre ans à Monaco où
il perdit quelques illusions. « Après mon retour, la première année, j'avais
traîné une blessure assez longtemps, mais on avait joué une demi-finale de
Coupe. J'étais capitaine, bien dans ma peau. Mais la deuxième saison a été
vraiment réussie. J'avais marqué quinze buts.
On avait vraiment une belle équipe, avec Kurbos, N'Dioro, Elsner, Rohr. On avait
terminé à deux points de l'Europe. Il y avait du monde au stade, les gens
étaient contents. » Cette bonne saison lui vaudra un transfert au PSG, où il
vivra les heures les plus riches de sa carrière. Mais bien qu'il ait gagné avec
Paris tous les titres nationaux (un Championnat, deux Coupes de France, une
Coupe de la Ligue et une Coupe d'Europe), qu'il puisse aussi présenter sur sa
carte de visite un titre de champion d'Europe avec l'équipe de France, en 1984,
Daniel Bravo n'a pas accompli son rêve de jeune footballeur : « Mon grand
regret, c'est de ne pas avoir gagné quelque chose avec Nice. Mon rêve, c'était
de jouer un match de Coupe d'Europe avec Nice. Et je n'y suis jamais parvenu. »
Natif de Nice, Eric Roy y a débuté sa carrière de joueur. Aujourd'hui, à trente-cinq ans, il est de retour, pour participer à la belle aventure de ce début de saison.
Né à Nice, Eric Roy a toujours eu le Gym dans le sang. « J'avais cinq ans et
j'accompagnais mon père voir jouer les Huck, Jouve, Guillou et Bjekovic. Je
pleurais lorsque Dominique Baratelli encaissait un but. Les gens me donnaient
des bonbons pour me réconforter. « Doumé », c'était mon idole. Ma mère m'a
raconté qu'à l'époque je râlais contre mes cheveux qui n'étaient pas aussi noirs
que les siens. »
Pourtant, le milieu de terrain a d'abord été, comme beaucoup d'enfants niçois,
un fils du Cavigal. « J'en ai porté le maillot de six à dix-neuf ans. Je jouais
avant-centre. Parallèlement, j'ai suivi le sport-études de tennis du parc
Impérial, où j'ai marché dans les pas des Noah et autres Forget. Les mardis et
jeudis, j'attaquais les cours à 8 heures, puis j'enchaînais les entraînements de
tennis et de foot. Pierre Alonzo, le responsable de la formation de I'OGCN, m'a
proposé d'intégrer le centre.
C'est un fantastique formateur, qui a réussi partout. Il ne s'est pas fié à mon
parcours très atypique. Même à l'époque, il était très rare d'intégrer un club
pro à dix-neuf ans. » En trois années au centre, il essaye d'emmagasiner ce que
les autres apprennent dans un cursus traditionnel et débute en DH au poste de
libero, tout en suivant des cours par correspondance pour décrocher son bac D. «
Je m'y étais engagé auprès de mes parents. La saison suivante, je suis monté
dans l'équipe de D 3.
Un groupe formidable sacré champion de France devant Auxerre. Mais, dans ce
métier, il faut non seulement du talent mais aussi un peu de chance. Dans ce
groupe, seuls Mazzuchetti et moi avons eu l'opportunité de faire nos preuves
chez les pros.
C'est Nenad Bjekovic qui m'a mis le pied à l'étrier, le 26 novembre 1988, contre
Montpellier. J'étais très fier d'être parvenu à m'imposer dans le club de ma
ville. » Il y vivra un des moments forts de sa carrière : « J'ai encore des
frissons à l'évocation du barrage retour contre Strasbourg. Le Ray était
archicomble (NDLR : 29 mai 1990, 19 997 spectateurs). Tout s'est déroulé comme
dans un rêve avec un 6-0 à la clé et le maintien parmi l'élite. Nous avons eu le
bonheur de découvrir Carlos Blanchi, une personnalité hors du commun, qui avait
été appelé à la rescousse pour conduire le sauvetage sportif. »
Pour l'OGC Nice, ce sauvetage ne fut qu'un sursis. « Un an plus tard, la DNCG,
tout juste constituée, nous rétrogradait. On se sentait bafoués car on avait
terminé 14". J'ai mis un an à faire mon deuil. Après une saison en D 2, je suis
parti me relancer à Toulon, qui connaissait aussi des difficultés. Ma carrière
n'a véritablement commencé qu'à Lyon. J'avais vingt-six ans.
Et dire que Titi Henry et David Trezeguet ont été champions du monde à vingt ans
! » Aujourd'hui âgé de trente-cinq ans, Eric Roy vit comme un grand bonheur le
fait de revenir à Nice - où il a signé pour un an - parmi l'élite. « Comme l'0M,
le Gym a une histoire mouvementée, parfois sulfureuse. Une alternance de
périodes fastes et de crises. C'est aussi ce qui fait son charme.
Mais, après tant de péripéties, s'il est encore debout aujourd'hui, c'est qu'il
y a réellement quelque chose derrière. » Une énergie qui a ramené le Gym au
premier plan. « Je crois que les amateurs de foot sont heureux de voir cette
bande de jeunes Niçois qui s'est battue pendant l'intersaison pour la survie du
club, se défoncer encore pour marquer des points. Il n'y a pas de stars, ni de
budget démentiel, juste des copains qui ont envie d'écrire une aventure simple
et saine. »
VALENCONY L'HONNEUR RETROUVÉ
A peine arrivé de Corse, il remporte la Coupe de France. Mais le rêve devient
cauchemar et l'avenir très sombre. Jusqu'à cet été...