NICE, une semaine capitale
CHOCS. En l'espace de huit jours, les Niçois affrontent deux grosses écuries du Championnat, Paris-SG, dès ce mercredi au stade du Ray, et Marseille, le 28 janvier, au Vélodrome. Un cap à franchir qui pourrait déboucher sur d'autres horizons.
Paris, visiteur de gala. Le 31 août
dernier, les Azuréens s'étaient rendus empreints d'humilité et de curiosité au
Parc des Princes (1-1,5e journée), avec sur le dos leur tout premier maillot
jaune de la saison. Demain soir, toujours leaders, ils accueillent les Parisiens
avec un état d'esprit quasiment identique. « Lorsqu'on regarde les budgets en
présence, on se pince, car c'est le monde à l'envers, reconnaît Kaba Diawara,
meilleur réalisateur niçois et troisième de la classe avec 10 buts. Nous sommes
premiers, d'accord, mais le favori dans ce duel demeure le PSG. Notre classement
n'est pas usurpé, mais tout est remis en question à chaque rendez-vous. »
Follement reconnaissant envers ses employeurs parisiens qui ont facilité son
prêt à Nice et sa résurrection après bien des blessures (29matches disputés
entre 2000 et 2002, 22 cette saison), l'attaquant ne tient pas Paris pour un
rendez-vous plus capital que les autres. Il se refuse à repousser l'horizon
jusqu'à la fin du mois, et donc englober le déplacement à Marseille (le 28) et
la réception de Guingamp (1er février) dans son analyse. « Que les grands clubs
se fixent des objectifs sur des séries est tout à fait naturel », assure José
Cobos, évoquant le « neuf points sur neuf » réclamé par Luis Fer-nandez à ses
hommes pour le HAC (0-1), Nice et Lille. « Nous, on pense match par match. A se
faire plaisir et en donner tout en engrangeant de l'expérience. »
Pourquoi, effectivement, changer un mode de pensée et d'action qui a si bien
fonctionné ?
Everson, le milieu de terrain brésilien qui constitue avec Romain Pitau, Noé
Pamarot ou Cédric Varrault l'une des grandes révélations de l'année, développe
d'autres arguments. « Nous projeter dans l'avenir serait le meilleur moyen de
nous planter. Je connais le classement, et je mentirais en disant que cela n'est
pas agréable à vivre. Mais cela ne m'obnubile pas. Il faut être réaliste en se
rappelant d'où l'on vient et le prix payé en concentration et en travail pour
chacun de nos points. Nous ne sommes pas encore en mesure de nous éparpiller. »
Récemment, Evi et son pote José Aloisio se sont mutuellement félicités par
téléphone pour leurs productions respectives. Mais le buteur niçois, qui avait
fait un passage éclair au Camp des Loges - " une semaine et trois entraînements
», avant de visiter en long et en travers l'Europe profonde du football -,
laissera l'amitié au vestiaire. « Chez nous, on a l'habitude d'être costauds et
de prendre des points, rappelle-t-il. Nous allons nous attacher à poursuivre sur
la même voie. » L'appel BU peuple. Chambreur et frondeur souvent, destructeur
parfois (15000 euros d'amende), le public tarde visiblement à prendre de la
rondeur. 13e affluence du Championnat (bilan LFP), avec 12 161 spectateurs de
moyenne : le compte n'y est pas pour le président du leader surprise mais
pérenne. « Je suis déçu pour les joueurs, qui méritent mieux. Ce n'est pas une
question de recette », affirme-t-il, balayant les critiques sur les tarifs en
vigueur, « Nous sommes parmi les moins chers de France. Mais il est vrai que nos
populaires, déjà trop petites, sont louées à l'année. »
Le fait est que le potentiel de la cinquième ville de France a souvent été
surestimé. La meilleure moyenne absolue - en passe d'être battue - a tout juste
flirté avec les 12 000 il y a un quart de siècle. En dépit d'un engouement
encore mesuré malgré un nombre record d'abonnements (6 000), le cœur du quartier
Saint-Maurice est chaud bouillant, et la bande à Gernot Rohr s'y sent
merveilleusement bien. Au-delà du maillot jaune enfilé à douze reprises, le Gym
est invaincu chez lui depuis la l" journée (HAC, défaite 2-1), et le
Montpelliérain Valéry Mezague est le dernier joueur à avoir marqué au stade du
Ray (3e journée, 2-1). Huit rencontres sans encaisser de but, neuf en comptant
Metz, qualifié en Coupe de France aux tirs au but (0-0 a.p.). Difficile de faire
beaucoup mieux.
S'il a interpellé le peuple n nissart » avec un provocateur « Et ils sont où les
Niçois ? » sous le coup de la déception d'un démarrage plus que poussif de la
location pour le PSG (celle-ci s'est bien rattrapée depuis), Maurice Cohen sait
désormais que les seuls résultats ne garniront pas le futur Ray de 32 000 places
espéré en 2006. « Paradoxalement, il sera plus facile à vendre car il permettra
d'étendre la gamme de prix, explique le président. J'ai des demandes de grosses
sociétés pour des opérations ponctuelles auxquelles il nous est actuellement
impossible de répondre. Mais c'est vrai qu'il faut travailler pour conquérir un
public allant au-delà de notre noyau dur de 5 à 7 000 authentiques supporters.
Des pistes sont ouvertes en direction des comités d'entreprise ou pour mettre en
place des navettes gratuites à partir de parkings du centre-ville. »
Avec ses collègues, II lui faudra également minimiser les effets d'une
expatriation temporaire et fort peu prisée des supporters au
Pierre-de-Cou-bertin, à Cannes, pendant la durée des travaux. A ce sujet,
Maurice Cohen vient de plaider auprès du sénateur-maire de Nice, Me Jacques
Peyrat, la livraison anticipée d'un demi-stade répondant au cahier des charges
de la Ligue. Tout dépendra techniquement du projet architectural choisi par le
conseil municipal, sans doute à la fin mars. La remise des dessins au comité de
pilotage du dossier « nouveau Ray » a été repoussée au 21 janvier, celle des
maquettes au 28, par les quatre cabinets d'architectes présélectionnés.
Jusqu'Où iront-ils ? La question pas sionne tous les observateurs. A la veille
de la défaite des siens devant le Gym (2-0, 21e journée), le Lillois Claude Puel
avait mis en avant le relief pris par le jeu de son futur tombeur. « II n'est
pas au sommet par hasard. Nice, ça tient la route. Il ne faut pas se leurrer, l'OGCN
ne joue plus le maintien, mais l'Europe. Sinon, pourquoi chercherait-il un
attaquant ? » avait lancé l'ex-Monégasque et néo-Nordiste. L'affirmation avait
fait sourire Rohr, qui avait détaillé le poids de l'absence de « Poussin »
Meslin (opéré des croisés en octobre) et les productions légitimement
irrégulières des jeunes débutants Olufade (2 buts, 485 min de jeu), Gagnier (0
but, 121 min), Ayeli (1 but, 612 min) ou Cherrad (3 buts, 337 mm) au poste de
second attaquant. Et il avait aussi rappelé la panne de son attaque sur quatre
matches (Créteil, Bordeaux, Strasbourg, Metz).
Depuis, le lutin sedanais Cédric Mionnet s'est inséré dans un groupe « sain et
sans chichi » sans aucune difficulté, si ce n'est celle de trouver des pompes
pointure 38. « Cédric est dans l'esprit de notre groupe. Il possède la vitesse
et l'instinct du buteur, mais il est capable d'évoluer un peu en retrait, dans
l'axe ou sur les côtés. Nous en avons longuement discuté ensemble », ajoute Rohr,
qui se félicite de ce renfort pour trois ans et demi, ainsi que de l'émulation
promise dans un secteur de jeu en plein regain de confiance et d'efficacité ;
Cherrad et Diawara viennent de marquer deux buts chacun en deux journées.
Si le regard des autres a changé, l'entraîneur-manager comme ses hommes ne
pensent qu'aux 42 points du maintien. « Nous sommes toujours méfiants et
prudents. Nous pensons pouvoir faire quelque chose d'intéressant, mais plus nous
avançons, plus les matches seront difficiles, précise Rohr. Et puis, l'écart
entre le premier et le huitième est très faible. Tout peut aller très vite dans
un sens ou dans l'autre. » La solidité défensive de l'édifice niçois et
l'élimination des Coupes nationales assurant finalement à un effectif assez
court des cadences humaines dans le sprint final soutiendraient pourtant un
relèvement des ambitions d'un Gym qui recevra huit fois et qui a toujours
répondu présent devant les « gros ». « Nous avons montré par moments de belles
choses, mais nous avons aussi été parfois en grande difficulté, signale Eric
Roy, qui espère voir l'équipe apprendre à mieux maîtriser les rencontres. La clé
de notre réussite réside depuis le début de notre aventure dans notre état
d'esprit. Il reste 16 matches, et nous savons que nous devrons consentir
beaucoup d'efforts et d'investissements si nous voulons nous inscrire dans la
durée. »
Privilège du brassard ou expression d'un orgueil atavique, José Cobos est bien
le seul à avouer « avoir eu les boules » chaque fois que Nice a cédé le fauteuil
de leader. « Compte tenu de mon âge (35 ans en avril), je rêve de revivre la
Ligue des champions. Mais il y a une grande différence entre un rêve et un
objectif. Maintenant, j'ai toujours dit qu'entre les dernières places
européennes et le maintien l'écart n'est pas si grand au final. Et puis, il faut
bien avouer que la dixième place, pour laquelle j'aurais signé des deux mains le
3 août dernier, me laisserait aujourd'hui sur ma faim. »
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