Presse
José Cobos à Nice pour la vie

UNE PLACE l'attend déjà dans
l'encadrement technique, le jour où il choisira .d'arrêter sa carrière. En
relevant son club des ruines, José Cobos s'est reconstruit lui-même et ne finit
pas de s'en féliciter. Il parle ainsi d'un groupe unique en Europe, « peut-être
même dans le monde », où, •à 34 ans, il a retrouvé l'atmosphère familiale de ses
années PSG (1993-96), émaillées de soirées disco chez Alain Roche ou de parties
de golf avec Antoine Kombouaré et David Ginola. « La seule différence, c'est
qu'à l'époque j'étais le plus jeune du groupe, maintenant, je suis le plus vieux
», sourit-il.
Leader du championnat, le capitaine niçois vit sa consécration tardive comme une
récompense dans une carrière chaotique : les blessures, les portes de l'équipe
de France qui ne se sont jamais ouvertes, les six années passées dans l'anonymat
depuis son départ du PSG. « Ce qui lui arrive aujourd'hui était imprévisible ;
d'un autre côté, cela n'aurait pas pu arriver à quelqu'un d'autre que lui », se
réjouit Michel Denisot, son ancien président à Paris.
José s'amuse que les gens viennent lui demander comment il fait, à son âge, pour
encore jouer à ce niveau. Il répond que toute sa carrière a été un combat, qu'il
n'a jamais renoncé.
« José est l'un les dix meilleurs défenseurs du championnat, admire l'entraîneur
du Gym, Gernot Rohr. Sans lui, on est à la peine : il a été absent cinq
rencontres cette saison, et on en a perdu quatre. » Cobos ne quitte jamais son
groupe, même quand il ne joue pas, «pour qu'ils sachent que je suis avec eux ».
Il a fait le déplacement de Bordeaux, saura ce matin s'il peut être aligné,
après un dernier test à l'entraînement.
Avant chaque match, il s'immisce discrètement dans un coin des vestiaires et
allume une bougie sainte offerte par une supportrice. Il prie. Pour la paix,
pour que l'on protège les enfants. Jamais pour lui. « II y a tant de problèmes
sur terre, ce serait égoïste de ma part, explique-t-il. Je sais que Dieu ne
m'aidera pas à marquer un but, ni à gagner des titres. »
II raconte ses souffrances avec retenue, mesurant leur banalité dans un monde
injuste par nature. Pourtant, il a mal vécu d'être oublié si vite, après son
départ à l'Espanyol Barcelone en décembre 1996, alors qu'il venait de tout
gagner avec le PS G. « On a oublié qu'à Barcelone il formait la meilleure
défense de la Liga aux côtés de Cristobal et Pochettino », regrette un ami.
Cobos assure d'une voix douée qu'il n'a jamais été aigri. « Si j'avais eu le
parcours de certains joueurs en Equipe de France, j'aurais été différent, et je
préfère être comme je suis aujourd'hui. » « II y a des gens qui ne sont pas au
bon endroit au bon moment, cela a été le cas de José », analyse le chanteur
Francis Lallane que le défenseur niçois a rencontré il y a quelques années par
l'intermédiaire de Frank Lebœuf. «
II aurait dû être là où se trouvait Frank, ajoute-t-il. L'un a roulé dans la
lumière, l'autre dans l'ombre. »
« Beaucoup ont pensé que José allait à Nice pour sa retraite, mais c'est tout le
contraire, renchérit Antoine Kombouaré. Il avait envie de revenir comme un
malade. » Envie de se relancer, après un an et demi en Espagne et une saison
passée sur le banc à Toulouse, en 1998. « Je suis parti en Italie suivre une
cure de remise en forme, raconte Cobos. J'ai dit à mon manager :" Trouve-moi un
club ambitieux, je ne partirai pas d'ici avant d'avoir signé quelque part " ».
Il a trouvé Nice, alors en Ligue 2. « Je n'avais pas honte d'aller en L2, je
savais qu'on allait remonter rapidement. Et c'était l'endroit idéal pour me
remettre en question, savoir si, à 30 ans, j'avais encore envie. Aujourd'hui ,
je sais.»
extrait du" journal du dimanche " du 15/12/02