Ba :
" Je suis simplement au pied de la montagne..."
Extrait
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Ton père n'était pas au départ pour que tu te consacres pleinement au football. Que pense-t-il aujourd'hui de ta réussite ?
II m'a félicité pour mon parcours,
mais m'a surtout dit que maintenant que j'arrive au pied de la montagne, il va
falloir que je m'accroche et que je travaille. Il a comparé mon début de
carrière au franchissement de plusieurs collines en m'expliquant que c'était en
signant à Nice que les choses sérieuses commençaient. II m'appelle souvent après
les matches ou dans les moments où ça va un peu moins bien. Mais il n'est pas le
seul puisque toute ma famille me soutient. J'ai même envie de dire que tout mon
quartier en Côte d'Ivoire suit mes performances. On est plusieurs joueurs de
là-bas à avoir réussi (Ayeli et Liri au niveau pro ou plusieurs en CFA) et
chaque week-end les personnes nous suivent sur Canal Sat. On était baptisé
l'équipe du « FC 3 Cailloux » parce qu'à l'entrée de Cocody, notre quartier à
Abidjan, il y avait trois grosses pierres.
En privilégiant les études
jusqu'au bac, tu as connu un parcours atypique pour atteindre le haut niveau.
Avec du recul, regrettes-tu de ne pas avoir bénéficié de la formation dispensée
dans les centres de clubs pros ?
C'est sûr que la formation dans un club professionnel est plus complète. Je me
suis rendu compte qu'en n'étant pas passé par un centre, je gardais une grande
marge de progression. L'année dernière en National, je compensais mes lacunes
par mes qualités naturelles. En fait, je ne me rendais pas réellement compte du
décalage qui pouvait exister avec le haut niveau. En arrivant à Nice, j'ai même
pensé que j'allais pouvoir m'imposer facilement, mais j'a rapidement constaté
que la puissance et la vitesse ne suffisaient plus. Beaucoup d'autres paramètres
rentrent en jeu. C'est le fait d'observer au quotidien le sens du but de «
Poussin », la qualité des déplacements et des enchaînements de Lilian ou les
prises et la couverture de balle de Marco qui m'a fais réaliser par où passait
ma progression. Chaque attaquant dans le groupe a ses propres qualités. Gernot
Rohr a vu que j'étais physique et bon dos au but et m'a dit qu'en travaillant je
pourrai devenu complet. Depuis mon arrivée, j'essaye donc de bosser en prenant
le meilleur chez chacun de mes coéquipiers, comme le mental de gagneur de Pancho
ou le goût du travail de Damien. Je me suis fixé pour la première année de bien
m'adapter et d'apprendre sur le tard. De toute manière, ma vitesse d'adaptation
fera que je m'impose ou pas. Le coach m'a donné la chance d'intégrer une équipe
de L1, il a fait un pari sur moi... C'est maintenant à moi de développer mes
qualités et de prouver que je peux m'imposer.
Lorsque l'on évolue en National
à 23 ans, la Ligue 1 ne semble-t-elle pas inaccessible ?
Disons que j'ai débuté en National à
19 ans, mais que les choses ne se sont pas bien passées avec mon club de Tours
qui a été rétrogradé administrativement. Même si pas grand monde me croyait à
l'époque, j'ai toujours dit que je réussirai. On pourrait croire que c'est
présomptueux de dire ça, mais ce n'est pas le cas, j'estimais simplement avoir
les qualités pour franchir le cap du professionnalisme. Pourquoi je n'ai pas
percé plus tôt alors ? Principalement pour un manque de constance, du moins je
pense. Des recruteurs venaient me superviser, mais je réalisais une ou deux
bonnes performances, sans arriver à les reproduire régulièrement. Et en
National, beaucoup de joueurs peuvent faire la différence sur un match, le plus
difficile étant de la faire sur une saison. J'y suis parvenu à Besançon la
saison dernière et cela a payé puisque j'ai eu plusieurs propositions
intéressantes. Maintenant, il faut que je m'adapte à la Ligue 1 et que je
réussisse à faire tout ce que je faisais à Besançon... mais en beaucoup plus
rapide.
Tu as en fait réalisé le grand
saut dans le professionnalisme cette saison. Cette signature à Nice a constitué
pour toi un aboutissement ou simplement une étape par rapport à tes objectifs
personnels ?
Je reprendrai l'image de mon père
quand il dit que j'arrive simplement au bas de la montagne. J'ai traversé les
collines et je suis en bas de ce que je me suis fixé. Je ne vais pas vous
confier tous mes objectifs sinon il y en a qui vont dire que je me la joue.
Allez je vais simplement vous dire que j'espère gagner le Coupe du Monde et le
Ballon d'or. (il éclate de rire)
Ton excellent parcours la saison
dernière avec Besançon t'a valu de goûter aux joies de la sélection nationale.
T'imposer chez les Eléphants de Côte d'Ivoire fait-il partie de tes plans ?
Jouer pour son pays a une saveur
vraiment particulière. Là, ce n'est plus seulement le quartier qui vous regarde
mais tout le pays. Je me souviens lorsque j'étais petit et que je regardais
jouer la sélection, je n'aurais jamais pu imaginer porter un jour ce maillot
orange, vert et jaune. Il n'y a pas de terme pour qualifier le bonheur que ça
procure. C'est le pied !
Bien que la Côte d'Ivoire ne
soit pas qualifiée, t'intéresses-tu à la Coupe d'Afrique des Nations ?
Oui, surtout que j'ai deux amis qui
la jouent. J'espère surtout que j'aurai l'occasion d'en faire d'autres. Je ne
veux pas être chauvin, mais je pense que la Côte d'Ivoire fait partie des 5
meilleures équipes d'Afrique. À tous les postes, nous possédons de grands
joueurs (Drogba devant, Akalé et Kalou au milieu, Domoraud derrière ou Gnanhouan
dans la cage). D'ailleurs, on tient à se qualifier pour la prochaine Coupe du
Monde pour montrer au reste de la planète foot que l'élimination dans les
éliminatoires de la CAN était un accident.
Lorsque l'on a peu de temps de
jeu et que l'on voit débarquer Marco Simone, comment réagit-on ?
Le premier sentiment que l'on a, c'est de se dire que si le club recrute un tel joueur, c'est pour le faire jouer. On se dit donc que son temps de jeu va baisser. Et puis rapidement, on se remet au travail pour prouver au coach que l'on peut joueur.
Ton départ durant le mercato a été évoqué. Avais-tu réellement envie de changer d'air et pourquoi es-tu finalement resté à Nice ?
Il n'a jamais été réellement
question d'un départ. Ce sont simplement des fabulations de journalistes...
(rires) J'avais vu le coach au mois de décembre et il m'avait confié qu'il
comptait me faire jouer plus lors de la deuxième partie de saison. L'arrivée de
Marco Simone ne devait rien changer. Et jusqu'à présent, c'est bien le cas
puisque j'apparais de plus en plus souvent dans l'équipe...
Ta première titularisation en
championnat a été marquée par un manque incroyable de réussite face au Mans.
Comment as-tu vécu cette rencontre ?
J'ai fait deux analyses de ce match.
Tout d'abord, je me suis dit que j'avais apporté ce que le coach voulait dans le
jeu en bougeant la défense et en me créant des occasions. Ensuite, il y a eu
cette inefficacité avec mes deux occasions manquées. J'aurais dû en mettre au
moins une au fond... Mais toute l'équipe m'a encouragé et j'ai bien retenu ce
que m'a dit Poncho : il vaut mieux être un attaquant qui se crée des occases,
qui frappe au but et qui ne marque pas, plutôt qu'un attaquant qui court tout le
match sans frapper une fois au but. Ça fait du bien d'entendre ce type de
réflexion, mais à un moment donné il faut la mettre au fond parce qu'un
attaquant est avant tout jugé sur ses stats.
Psychologiquement, comment
gère-t-on les jours et les matches qui suivent une telle déception ?
J'ai eu la déception de ne pas
marquer, mais je n'ai pas douté. Je me dis que j'ai la chance de jouer au Ray et
quand le stade est plein et que la BSN chante, je rentre sur le terrain pour me
lâcher. Je ne peux pas concevoir que cela me bloque ou me stresse. Mais c'est
sûr que cela me donnerait encore plus de frissons que les chants viennent après
avoir marqué. D'ailleurs, j'ai toujours rêvé de plonger dans le public après un
but, comme en Angleterre. En France, c'est un peu compliqué, mais sait-on
jamais... (rires) Mon objectif est de pouvoir rendre aux supporters tout ce
qu'ils nous donnent par leurs encouragements en marquant des buts. Je sais ce
que jouer dans un stade vide veut dire et nous devons faire en sorte de
récompenser notre public de sa fidélité.
Tu as dû vivre ton premier but
comme une délivrance...
C'est vrai que je l'ai vécu comme un
bol d'air. Quand on creuse, on creuse et que l'on ne trouve jamais rien, on
finit par croire que la mine d'or n'existe pas. C'est donc une récompense et une
source de motivation pour continuer à travailler et se donner encore plus à
fond. Comme on dit, le plus dur est de mettre le premier, maintenant tout va
s'enchaîner... Du moins je l'espère. (rires)
La détermination dont tu fais
preuve à l'entraînement prouve ta motivation pour réussir Comment vois-tu ton
avenir ?
Pour le moment, je considère le
football comme tout ce que j'ai dans la vie. Je reste donc à la fin des
entraînements pour travailler physiquement ou techniquement. Je me donne pour
réussir la meilleure des carrières possibles. Je n'ai pas d'objectif précis,
mais je rêve d'aller au Stade de France, de gagner des titres, ... .
Actuellement, je suis comme un enfant, je découvre le haut niveau, tout est beau
et neuf. Je mène la vie que j'ai toujours rêvée. J'avais une chance sur un
million d'arriver au haut niveau et je ne veux pas dans dix ans regretter et me
dire pourquoi tu n'as pas tout mis en oeuvre pour devenir un grand joueur. Je
pense chaque jour à ça et je me dis que j'ai de la chance d'être footballeur
professionnel.
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