Les avis de personnalités sur la réussite niçoise
DENISE FABRE

• Je ne manque pas un match de l'OGCN,
quand ils sont diffusés sur Canal +. j'irai encourager les joueurs lors de mes
prochains séjours à Nice. Des amis m'ont emmenée plusieurs fois au Ray, ces
dernières années, quand l'équipe restait dans les profondeurs. Ça me faisait de
la peine. Je les admire d'avoir vaincu l'adversité. Ça a valeur d'exemple, pour
nous tous. Ça prouve que lorsqu'on ne veut plus de vous, on peut toujours
trouver les forces pour rebondir.
L'OGCN, c'est un retour aux plus beaux moments de l'enfance, avant que mon père
ne meure, quand j'avais 11 ans. Les années précédentes, mes parents séparés, je
le voyais un dimanche sur deux. C'était un passionné de sport. Cycliste, il
avait gagné des courses régionales. On partait au stade dans sa Traction avant.
C'était le meilleur moment de la semaine.De peur que le match ne m'intéresse
pas, il m'achetait un album relié de "Fillette", et une grande poche de bonbons.
J'ai vite oublié de lire mon illustré favori. Je ne comprenais pas toutes les
règles du football, mais ça m'amusait. Je me souviens que beaucoup criaient un
nom : "Ujlaki". Je ne savais pas ce que représentait ce joueur, mais j'aimais
bien dire, moi aussi, "Ujlaki", "Ujlaki", dans les gradins, puis le soir dans ma
chambre, parce que c'était facile à prononcer et que c'était magique ".
MICHEL DRUCKER

« J'ai rencontré les Aiglons quand
j'étais petit garçon. Mon père avait une cousine, gynécologue rue Rossini, dans
le quartier des Musiciens. Nous venions passer quelques jours et elle nous
racontait les exploits de l'équipe, qu'elle suivait dans "Nice-Matin". Elle
était incollable sur les joueurs et les scores. Dans ma tête d'enfant, ça
prenait une dimension mythique.
J'ai rencontré ensuite les Aiglons en 1965, quand j'étais jeune journaliste
sportif à l'ORTF. Le premier à m'avoir emmené au Ray, c'est Thierry Roland. Il
adorait l'équipe et m'a transmis sa passion. J'ai toujours aimé la couleur
flamboyante des maillots niçois.Des joueurs comme Ruben Bravo et Ferry m'ont
marqué. D'autres entrent dans la légende. Ce sud que j'aime avait besoin qu'un
grand club renaisse au plus haut de notre football. C'est bien que ce soit Nice.
Il faut tirer un grand coup de chapeau à Gernot Rohr, l'entraîneur, grand
rassembleur, exigeant avec son équipe, comme il l'était avec lui-même. Je l'ai
connu joueur de la grande équipe du Bayern, avec Becken-bauer et les autres.
C'était déjà le courage, la rigueur, la classe ".
DIDIER VAN CAUWELAERT

Le renouveau de l'OCGC Nice,
pour moi, c'est la fin d'une injustice. D'abord, il y a les destins individuels.
L'heure est à la juste revanche des joueurs. Et puis, sans faire de parano "nissart",
Nice est sans doute la ville la plus calomniée de France. Il y a un apartheid
anti-niçois comme il y en a eu en Afrique du Sud. Je me souviens de commentaires
de journalistes de télévision quand le club devait être relégué. Ils se
marraient presque ! Auraient-ils jugé la chute de l'OM de la même manière? Cette
injustice, comme toutes les autres, me touche. Dans ce cas, surtout pour les
mal-aimés, le pouvoir du mental et de l'imaginaire est précieux.
Cela me ramène à mon adolescence niçoise des années 70, J'étudiais au collège
Raoul Dufy. Il y avait deux clans, celui de l'ASPTT et celuide l'OGC Nice.
D'origine niçoise, mais avec ma tête et mon nom belge, on me demandait de
choisir, moi qui suis un solitaire. Je répondais : "Je supporte le PC Bruges !"
J'avais monté ce stratagème pour avoir la paix. Jeudi, jour d'entraînement, je
m'isolais pour écrire mes premiers romans, mais tout le monde, même le prof de
gym, croyait que je m'entraînais avec le fils de l'ambassadeur de Belgique!
C'est tout le pouvoir du mensonge et de la fiction ! Sur le terrain - je jouais
ailier - j'ai même réussi des performances que je n'aurais pas imaginées si je
n'avais pas été cet "espoir" belge né de mon imagination! Dans mon dernier
roman1" j'évoque d'ailleurs le FC Bruges. Il m'a tant servi! »
(1) Didier van Cauwelaert, prix Concourt 1994 pour • Un aller simple •, a publié
cette année " Rencontre sous X " (Albin Michel), livre brillant et haletant dont
les héros sont une star du porno et un joueur de foot.
MAX GALLO

J'avoue ! Je ne suis pas expert en
football et je ne comptais pas, au temps de ma jeunesse niçoise, au nombre des
premiers supporters du Gym. Mais je suis avec beaucoup d'intérêt et de tendresse
cette renaissance. J'en ai été surpris et heureux après avoir assisté avec
consternation à sa descente aux enfers et je trouvais surréaliste la période
trouble précédente et la présence de certains acteurs douteux.
Je ne suis allé que deux ou trois fois au Ray dans les années cinquante -NDLR:
il prononce bien "raï" !. Mais je savais tout du club par mes amis duBLycée du
Parc Impérial et j'ai suivi son histoire depuis l'époque où j'enseignais à
Masséna jusqu'à mes années d'activité politique et tout au long de ma carrière
d'écrivain"'. Il me paraissait anormal et incompréhensible que Nice n'aie plus,
ces dix dernières années, d'attachement sentimental avec son club. On aurait dit
que l'identité niçoise s'endettait, dans une ville qui a toujours eu un grand
pouvoir d'assimilation et de naturalisation. Il manquait un facteur de
rassemblement. Le football en est un et cette renaissance me réjouit.
Mon fils David, 17 ans, en hypokhâgne au Lycée Henri IV, est un spécialiste !
Il dévore L'Équipe et La Gazetta dello Sport, qu'il considère comme le meilleur journal sportif du monde et son club, c'est le Milan AC. Mais il connaît l'aventure niçoise par cœur et chaque épisode le passionne dans un championnat qu'il juge pourtant sévèrement. D'ailleurs, au-delà de Stendhal, le rouge et le noir ne sont-elles pas celles du Milan AC ?
PANCHO GONZALES
II a un nom à faire pâlir d'envie le
plus dévoyé des mercenaires au sud du Rio de la Plata. Pancho Gonzalez. Cinq
syllabes qui claquaient à la une des gazettes spécialisées de l'époque.
Mercenaire, il s'en défend. Pourtant, César Gonzalez dit « Pancho », 76 ans né à
Bolivar (Buenos Aires), a vu plus de pays qu'on peut en découvrir.
Il a frappé davantage de ballons qu'on pourrait en compter et a servi Nice avec
fidélité. -J'aime Nice, c'est ma vie, ma famille. • Souvent parti, toujours
revenu.
L'air du large et un billet pour le Racing Paris l'ont poussé un jour à quitter
le Sao Paulo FC : "J'ai débarqué le 3 mai 1951 à Villefranche-sur-Mer avec deux
autres joueurs qui devaient partir à Sochaux. Yeso Amaifi était là pour les
accueillir et quand il m'a vu (Poncho et lui avaient déjà joué ensemble en
Amérique du Sud), il m'a dit d'attendre avant de partir pour Paris...
Le jour même, Amaifi, le tzar des stars azuréennes vante les mérites de Pancho
auprès du staff niçois. Le lendemain, Gonzalez s'aligne en amical sur la pelouse
face aux Ecossais d'Hibemians.Ce bout de match bien négocié va sceller son
destin niçois. Le demi-centre argentin devient aussitôt champion de France
(1951), titre qu'il renouvelle l'année suivante, celle du doublé
coupe-championnat, avant d'ajouter une nouvelle coupe de France (54) et deux
titres (56 et 58).
On a été la seule équipe française à battre le grand Real de Madrid de l'époque!
-
Professionnel jusqu'à 37 ans, il est ensuite parti dispenser son sens du jeu
pendant près de vingt ans en Afrique et en Asie. Jusqu'à ce qu'André Boïs le
rappelle un jour de 1991 à ses devoirs niçois. Depuis, Pancho est aux bons soins
de l'équipe professionnelle, veillant au grain, au gré des matchs et des
saisons.
Cette année, il revit. ' Cette équipe est en train de donner un formidable
exemple elle purifie l'atmosphère footballistique. Ce sont des garçons qui se
font connaître par leurs qualités de cœur, qui ont envie de réussir quelque
chose dans la vie et dans le football. •
L'Argentin relie d'un trait passé et présent : Elle me rappelle mon équipe
de 1956. On était arrivé dans une période économiquement faible. Des joueurs
allaient partir enfin de saison. Maître Charles, le président, avait demandé à
deux ou trois cadres de l'équipe dont moi-même, de faire le maximum pour
intégrer trois ou quatre jeunes et surtout ne pas descendre. On a commencé à
gagner des matchs et à croire en nos possibilités. A la fin de la saison, on a
fini champions!
Un parallèle que Pancho voudrait tant voir se vérifier à nouveau.
FREDERIC GIORIA

Pour les besoins d'un portrait serré
et ciblé, il prend la pose avec une photo capturant l'instant le plus fort de sa
vie de footeux. Au centre du cadre, un homme transporté de bonheur soulève la
Coupe de France. Lui. A sa gauche, Jacques Chirac. • Cinq ans déjà ; glisse
Frédéric Gio-ria dans un souffle de nostalgie. C'était le samedi 10 mai 1997. •
Les gens m'en parlent encore. H faut dire qu 'ils attendaient ça depuis si
longtemps '.
Aujourd'hui, les passionnés qui s'arrêtent à "La Piazzetta" de Nice-Etoile pour
y déguster un sandwich ou une glace évoquent aussi le présent du Gym avec un
patron nommé Gioria. La flamme s'est rallumée. Cet engouement est presque
palpable. Les anciens vibrent, les plus jeunes semblent s'identifier de nouveau
à l'OGCN. Tout le monde a retrouvé la fierté d'être Niçois et supporter du Gym.
Dans les rues, je n'ai jamais vu autant de maillots rouge et noir. C'est fort! ;
dit celui qui s'est battu pour ces couleurs pendant vingt saisons. De dix à
trente ans.
Son départ du club fut une déchirure, une blessure qui commence à peine à
cicatriser. Mais je reviendrai un jour ou l'autre. J'en ai la certitude
depuis le retour de Roger Ricort dans la maison. Roger, c'est la compétence, la
volonté, la droiture. Maintenant, l'OGCN est entre de bonnes mains. Cela n 'a
pas toujours été le cas. En onze ans de professionnalisme, j'ai connu douze
entraîneurs et cinq présidents. Pour moi, au-delà des résultats, c'est le fait
que le club se reconstruise qui me satisfait -.
Après de longs mois loin du Ray, il est remonté au stade, le soir du derby avec
Monaco, pour mieux comprendre les raisons du succès.
J'entends dire ici ou là, ils se battent, ils donnent tout. Mais ça ne suffit
pas, je suis bien placé pour le savoir. Bien sûr, il y a du cœur, du mental, de
la solidarité. Mais il y a aussi une organisation solide et de belles
individualités. Il y a aussi les bases d'un jeu simple et efficace. Enfin un
public exceptionnel. Je leur tire mon chapeau. Ce qu 'ils réalisent depuis
l'ouverture du championnat est magnifique!
Pendant ce temps doré, lui affronte, à 33 ans, un après football qu'il redoutait
comme un hiver glacial. • Le manque est toujours là. Les émotions du ballon sont
irremplaçables , conclut-il en pensant à ces Aiglons qui volent à haute
altitude. Il lèverait volontiers sa Coupe à leur santé.
Au Gym, aujourd'hui, la vie a de nouveau le goût du Champagne. Non celui de la
nostalgie.